Intervention d'Ahmed Laaouej sur le budget 2018 du Gouvernement Michel

Monsieur le Président,

 

Chers Collègues,

 

Nous voici enfin arrivés en séance plénière pour notre discussion sur le budget 2018.

 

Je le dis, d'emblée, notre discussion et notre débat seront biaisés, biaisés par le fait que votre Gouvernement a pris du retard, c'est un euphémisme, dans le dépôt de projets de lois qui sont pourtant intrinsèquement et politiquement liés au budget : la réforme de l'impôt des sociétés et la taxe sur les comptes titres.

 

Se trouve-t-il quelqu'un dans cette assemblée qui n'admettra pas que les impacts budgétaires de la réforme de l'impôt des sociétés sont à ce point importants, dès 2018, qu'il eut fallu en discuter en même temps que le budget.

 

Vous avez fait un autre choix, résultat de vos retards et votre imprévoyance.

 

Alors voyons tout de même ce budget.

 

Le premier fait notable, c'est bien sûr le report de l'équilibre au delà de 2018.

 

C'était pourtant l'un de vos mantras : le retour à l'équilibre en 2018.

 

Dès 2014, nous vous disions pourtant attention "casse-cou", nous vous disions que votre tax shift n'était pas financé,  et nous vous disions aussi de faire attention aux mauvais rapports de la Cour des Comptes.

 

Vous nous répondiez "effets retours" !

 

3 ans plus tard, vous êtes en situation d'échec budgétaire et contraint de renoncer à l'équilibre en 2018.

 

Alors, vous avez changé de discours et vous dites aujourd'hui : "nous ne voulons pas freiner la relance".

 

Alors même que le taux de croissance économique de la Belgique est plus faible que la moyenne de la zone euro, ne vous vient-il pas à l'esprit que c'est votre politique économique et budgétaire qui a freiné la relance !

 

Tel est le paradoxe, pour justifier que vous ne revenez pas à l'équilibre, vous invoquez une cause que vous avez provoquée même : une relance en berne !

 

 

 

Croissance éco  

2017

2018

2019

Belgique

1.7%

1.8%

1.7%

Zone Euro

2.2%

2.1%

1.9%

UE (28)

2.3%

2.1%

1.9%.

 

 Source : prévisions Commission Européenne

 

 

 

Ce budget, comme tous ceux qui ont été déposés par votre Gouvernement, est bancal et trompeur.

 

Nous l'avons dit en commission, nous le redisons ici, vous prenez un paramètre macro-économique différent de celui que vous ont indiqué tant l'Institut des Comptes Nationaux, que le Bureau national du Plan ou la BNB. 1,8 % au lieu de 1,7 % de croissance économique.

 

Vous le faites, faut il le souligner, en dépit de la loi qui vous impose de prendre les paramètres de l'ICN.

 

Vous préférez répondre aux sirènes de la FEB qui table en effet sur 1,8 %.

 

Plutôt que de vous réserver une éventuelle bonne surprise pour le contrôle budgétaire, vous faites le choix de la facilité, que vous appelez optimisme, que j'appelle irresponsabilité.

 

Cela vous fait gagner 368 millions d'euros, dont acte. Mais nous les contestons d'un point de vue méthodologique et de bonne gestion budgétaire.

 

Deuxième choix aventureux que vous faites, vous balayez d'un revers de la main, les prévisions et les analyses de la Commission européenne sur l'évolution du solde structurel.

 

S'agissant des écarts de prévisions, entre votre trajectoire et celle de la Commission, c'est d'un différentiel de 0,4 % du PIB de déficit structurel dont on parle en 2018 !

 

0,4 %, soit plus de 2 milliards d'euros qui, selon la Commission, manque à votre budget 2018 !

 

Votre argument est de dire que par le passé, les chiffres de la Commission ont été démentis par les réalisations.

 

J'ai envie de vous retourner l'argument : combien de fois, ne vous êtes vous pas trompés vous au Gouvernement fédéral !

 

Dois-je rappeler la saga des recettes d'impôt des personnes physiques revenant aux régions que vous aviez sous-estimées de plus de 750 millions, devenus entre temps 600 millions ?

 

Dois-je rappeler les incertitudes méthodologiques relatives à l'évaluation des recettes fiscales, à un point tel qu'il vous a fallu prévoir un buffer ?

 

Faut-il réévoquer toutes les critiques, il faudrait un bottin, de la Cour des Comptes sur la sur-estimation chronique du rendement des nouvelles mesures ?

 

Le cas des accises vous suffit-il  ou dois je aussi parler de la régularisation fiscale et de l'opacité de la taxe Caïman ?

 

Dois-je ou pas vous épargner le rappel de la pantalonnade du "redesign de l'administration" qui était censé vous rapporter, en vitesse de croisière, plus de 700 millions d'euros et qui ont aujourd'hui disparus ?

 

Bref, vous êtes mal placés pour faire montre d'autant de légèreté à l'égard des chiffres avancés par la Commission européenne.

 

Nous avons toujours été clairs : nous n'adhérons pas au fétichisme budgétaire de la Commission, singulièrement lorsque cela se traduit pas une politique d'austérité. Mais nous considérons que vous n'êtes pas en position de balayer d'un revers de la main les chiffres de la Commission.

 

La Commission qui vous envoie pourtant d'autres signaux.

 

Concernant la taxe sur les comptes titres, elle vous enjoint de ne pas retenir 254 millions, mais 175 millions, soit une différence de 79 millions d'euros.

 

La Commission vous demande de revoir à la baisse votre estimation du rendement de la lutte contre la fraude fiscale pour au moins 25 millions.

 

Elle vous dit aussi que les 100 millions supplémentaires que vous escomptez sur les fonds d'investissements immobiliers ne sont pas sérieux.

 

La Commission doute aussi de la  prétendue neutralité budgétaire de la réduction de cotisations sociales dans le secteur de la construction et estime là aussi que le coût à attendre est d'au moins 100 millions.

 

Sur la régularisation fiscale, elle doute de vos chiffres en observant la situation en 2017 et vous enjoint de réduire la voilure d'au moins 175 millions !

 

La Commission estime aussi que vous exagérez le rendement de la mesure sur le maintien à l'emploi des travailleurs âgés pour au moins 32 millions !

 

Ajoutons à cela, les incertitudes pointées par la Cour des Comptes.

 

Là aussi, c'est un florilège.

 

C'est ainsi que par un coup de crayon, vous revalorisez sans explications le rendement d'anciennes mesures : + 100 millions pour les "transfer pricing", au nom de quoi ? On ne sait pas.

 

Plus 50 millions pour la transaction pénale, suite à une modification de la loi...Un pari de plus, comme si vous n'en faisiez pas assez.

 

Vous ajoutez aussi 50 millions d'euros au rendement de la taxe Caïman, alors même que vous êtes incapables de prouver son rendement actuel, prétendument de 460 millions.

 

C'est une opacité que vous entretenez délibérément et qui montre tout votre malaise, puisque vous refusez, malgré les demandes de l'opposition, de prévoir un code distinct dans la déclaration.


Malgré l'expérience désastreuse du relèvement des accises sur les spiritueux, avec une baisse des recettes liée aux achats transfrontaliers, vous continuez à relever les taxes sur la consommation en tablant sur des recettes de plusieurs dizaines de millions d'euros, dont 75 millions sur les sodas, fiscalité punitive s'il en est !

 

A quoi vous servent donc vos échecs ? On peut se le demander.

 

Poursuivons ce catalogue qui nous mène d'aberration en aberration.

 

Sur la fameuse mesure des 500 euros euros par mois défiscalisés, le SPF Finances dans une note transmise par la Cour des Comptes, table sur une perte de 109 millions d'euros de cotisations sociales et de 42,5 millions de pertes en recettes fiscales, soit au total 150 millions d'euros !

 

Cela ne semble pas vous arrêter !

 

Si bien que lorsqu'on additionne tous ces montants, soit la sous-estimation du déficit structurel pour 2018 retenue par la Commission, avec l'ensemble des remarques de la Commission et de la Cour des Comptes, on arrive à un trou budgétaire pour 2018 de l'ordre de 3 milliards d'euros !

 

3 milliards d'euros que vous renvoyez à plus tard et qui marque l'irresponsabilité de votre gestion des finances publiques.

 

Une gestion des finances publiques qui d'emblée a été marquée par des impostures.

 

Le non financement du tax shift, pointé lui aussi par la Commission européenne, mais avant elle par la Banque nationale, est aujourd'hui un boulet budgétaire.

 

Un boulet budgétaire que vous allez trainer jusqu'à la fin de la législature et au delà.

 

Et c'est sur cette base que, de manière chaotique, vous vous apprêtez à nous présenter une réforme de l'impôt des sociétés, avec un volant budgétaire de 5 milliards d'euros !

 

La Banque Nationale est incapable de nous dire avec certitude si la neutralité budgétaire sera assurée, la même banque nationale qui dit s'en tenir aux chiffres du SPF Finances...

 

SPF Finances qui travaille sur base d'un modèle statique qui n'intègre pas les changements de comportements des agents économiques ou le caractère très conjoncturel de l'assiette fiscale à l'impôt des sociétés.

 

Qu'il s'agisse du rendement attendu de la suppression des intérêts notionnels (près de 50 % du financement du coût de la réforme) ou des effets attendus de la transposition de directives européennes (pour plus de 20 % du financement du coût de la réforme), il est irresponsable de tabler sur des chiffres approximatifs et aléatoires sans aucune précaution comme vous le faites.

 

La BNB vous dit ne pas être outillé, comprenez qu'elle se prémunit à l'avance contre un risque de dérapage en renvoyant vers le SPF Finances.

 

De la même manière, la BNB a une expertise macro-économique. Personne ne le conteste. Mais a-t-elle une expertise fiscale pour voir à quel point la consolidation fiscale va être le joujou des conseillers fiscaux, et en particulier ceux du grand patronat, qui vont vider les recettes de l'impôt des sociétés avec des montages fiscaux agressifs !

 

La Cour des Comptes prévient elle aussi : les estimations sont faites sur base des chiffres de 2014 et de 2015 !

 

Vous prenez là une lourde responsabilité avec les comptes publics, et dois je vous rappeler que ces comptes publics ne vous appartiennent pas, que derrière les finances publiques, il y a le portefeuille de nos concitoyens.

 

Nous vous demandons d'ouvrir les yeux et de cesser de répondre au bon vouloir de la FEB ! Vous êtes en train de créer un nouveau monstre fiscal !

 

*****


Du côté des dépenses, ce n'est pas mieux.

 

La Cour des Comptes pointe une fois de plus plusieurs départements sacrifiés : la Justice en particulier.

 

Lors de la discussion sur l'Etat de l'Union, j'évoquais la fermeture du greffe du Tribunal de 1ère instance de Bruxelles pour cause d'insalubrité.

 

On apprend aujourd'hui qu'à Mons, les magistrats et les avocats en sont réduits à faire la collecte pour acheter un défibrilateur ! Voilà où on est est !

 

Réinvestissez dans la Justice, il en va des droits fondamentaux de nos concitoyens.

 

Nous aurons l'occasion d'y revenir dans les interventions thématiques.

 

Un mot cependant sur les soins de santé.

 

En matière de santé, votre Gouvernement joue aujourd’hui la prudence. Et pour cause, nos soins de santé ont trinqué en 2017.

 

 

 

900 millions d’euros d’économies.

 

 

 

Une norme de croissance d’à peine 0,5 %. Soit le tiers de l’effort budgétaire à réaliser que vous avez fait porté sur notre sécurité sociale et spécifiquement sur nos soins de santé.

 

 

 

Et les conséquences de ces économies pour les patients, spécifiquement les plus fragiles, se font encore sentir aujourd’hui et se feront encore sentir demain.

 

 

 

Augmentation du prix des antibiotiques, fin du remboursement des corticostéroïdes – des sprays -nasaux, augmentation du prix des antiacides, réduction du remboursement de certains médicaments, diminution du remboursement de la kiné pour les personnes atteintes de fibromyalgie, indexation des plafonds du MAF (Maximum à facturer), et j’en passe.

 

 

 

Et puis, il y a au toutes ces économies sur les hôpitaux alors qu’ils se trouvent en pleine période de mutation à travers la réforme du paysage et du financement hospitalier.

 

 

 

Et cette décision visant à geler les nouvelles demandes de reconnaissance pour l'ouverture de maison médicale. Alors que des études récentes ont montré que sans ces maisons médicales, un nombre important de personnes précarisées ne pourraient pas se soigner.

 

 

 

Elles ne sont d’ailleurs même plus mentionnées dans la note de politique générale de la Ministre aujourd’hui.

 

 

 

Enfin, comme personne n’a été épargné par vos coupes sombres, il y également eu des économies impressionnantes sur les honoraires des prestataires de soins.

 

 

 

Prestataires qui ont rapidement manifesté leur ras-le-bol. Les négociations des conventions et accords n’ont d’ailleurs jamais été aussi difficiles. 

 

 

 

On a vécu une véritable rupture de confiance. A juste titre. Alors, par tous les moyens, aujourd’hui, vous essayez de nous faire croire que nos soins de santé sont épargnés, que des initiatives nouvelles sont même prises.

 

 

 

Pourtant, il n’en est rien.

 

 

 

Vous nous dites avoir renoué avec la norme de croissance légale (1,5 % je le rappelle) et avoir mis totalement à disposition la masse d’indexation.

 

 

 

Vous nous dites que le budget 2018 sera d’environ 776 millions plus élevé qu’en 2017.

 

 

 

Je vous rappelle que les estimations techniques fixaient elles le niveau des besoins à 238 millions au-dessus du budget retenu. Et que ce budget est toujours bien en deçà de l’évolution normale des besoins fixée à 2,2 % par le Bureau du Plan.

 

 

 

Et c’est là sans doute que vous brandirez cette fameuse mesure concernant le futur remboursement prévu pour les soins psychologiques. 22,5 millions d’euros destinés au remboursement des affections psychologiques modérées.

 

 

 

Un budget qui ne permettra donc assurément pas de répondre aux besoins de plus en plus grands en la matière.

 

 

 

C’est un premier pas me direz-vous mais un pas qui n’est pas encore franchi en réalité. Car, sauf erreur de notre part, ce fameux budget n’est pas notifié dans le budget 2018 de l’INAMI… Non, ce budget est prévu sur la provision interdépartementale et sera libéré quand la mesure sera concrétisée… Reste donc à voir si cette mesure que vous ne cessez de mettre en avant sera réellement mise en œuvre en 2017...

 

 

 

Du coup, ne nous y trompons pas, nous sommes devant un budget d’austérité qui ne laisse aucune véritable place pour des initiatives nouvelles ou pour répondre à des besoins non-rencontrés, pensons à un meilleur remboursement des appareils d’optique, des appareils auditifs ou encore des soins dentaires. Nous ne pouvons à nouveau que le regretter.

 

 

 

*****

 

·        Il y aurait beaucoup à dire aussi sur le plan d'investissement dont on se demande toujours comment il va être financé.

 

 

 

Le Premier Ministre annonce une levée de fonds obligataires de 5 milliards d'euros pour financer la transition énergétique.

 

 

 

Je suis curieux d'en connaître les développements.

 

 

 

·        On peut aussi déplorer et condamner les motivations qui vous amènent a vendre les actifs de l'Etat, Belfius en particulier.

 

 

 

Vous êtes aux abois, et pour désendetter, la seule solution que vous retenez c'est de revendre les actifs de l'Etat.

 

 

 

Rien n'indique que ce que vous perdrez en dividendes, vous le récupérez en baisse des charges d'intérêts. Vous ne démontrez strictement rien et c'est le signe de votre nouvelle improvisation.

 

Pas de vision, que du court terme.

 

 

 

 

 

******

 

La seule chose qui vous reste pour essayer de faire bonne figure ce sont vos prétendus résultats en matière d'emplois.

 

Là aussi, votre imposture est démasquée :

 

·        Vous vous attribuez les prévisions de la BNB pour la période 2017 à 2022, soit 65 000 unités en moyenne par an.

 

·        Vous évoquez une amélioration du taux d'emploi de 0,5 % de 2015 à 2016, soit un passage de 67,2 % à 67,7 %.

 

MAIS :

 

·        Comme l'ont toujours montré, tant la BNB que le Bureau du Plan, même à politique inchangée, il y a de la création d'emplois.

 

 

 

Rien qu'en 2014, 19 000 unités, 42 000 unités en 2015 et 59 000 unités en 2016. Soit au total 120 000 unités que vous ne pouvez pas attribuer à votre tax shift qui ne tire ces pleins effets qu'en 2019.

 

 

 

·        A propos du tax shift, auquel vous attribuez toutes les créations d'emplois nouveaux, voici ce que dit la BNB à qui vous avez demandé de chiffrer les incidences macro-économiques de votre politique : "Comme un montant de 4,786 milliards d’euros (soit environ 0,9 % du PIB attendu de 2021) n’est pas financé dans les calculs relatifs à ce scénario de tax shift, le résultat global est biaisé." (note d'août 2017, page 4, premier tiret).

 

 

 

Qu'est ce que ça veut dire ?

 

 

 

Ca veut dire que la BNB ne sait pas quels seront les effets négatifs des mesures que vous prendrez pour combler vos trous, qu'il s'agisse de nouvelles taxes ou de nouvelles coupes qui plomberont la demande intérieure, privée ou publique, donc l'emploi.

 

 

 

Ca veut dire aussi que la BNB n'est pas dupe et qu'elle sait que votre tax shift est un boulet budgétaire, qui n'a pas les effets retours attendus.

 

 

 

Et que dès lors, vous avez créé une bulle budgétaire qui embellit artificiellement vos prévisions de créations d'emplois et d'effets sur la croissance du PIB.

 

 

 

·        A propos de la BNB, Marcia De Wachter, Directrice à la BNB dit ceci (Knack, 14/11/2017) : en 2016, seuls 4 700 emplois ont été créés grâce au tax shift; en 2017, seuls 7 800 emplois trouvent leur cause dans le tax shift et pour 2018, elle table sur 7 100 emplois, soit seulement 8 %, 11 % et 15 % des emplois créés respectivement en 2016, 2017 et 2018 !

 

            Dois je vous rappeler le coût actuel du tax shift ? 4,4 milliards jusqu'ici et                4,9 milliards encore d'ici 2019 ! Soit 9,3 milliards au total.

 

            Dois-je vous faire une fraction du coût par emploi créé en 2016 et 2017 ?               4,4 milliards (par an) / 12 500 emplois (2016 et 2017) = 352 000 euros                par emploi !

 

C'est édifiant !

 

·        Lorsque l’on regarde les données d’Eurostat tant au niveau de l’évolution du taux d’emploi que de l’évolution de l’emploi intérieur, on constate que votre gouvernement fait à chaque fois moins bien que la moyenne des pays européens.

 

 

 

            Avec un taux d’emploi de 67,7 %, on est loin de l’objectif de 73,2 %   convenu avec l’Europe pour l’objectif 2020 mais surtout, on est clairement en deçà de la moyenne de 71,1 % des   pays de l’UE-28.

 

 

 

            On constate surtout que tant la croissance de l’emploi intérieur que du      taux d’emploi est            clairement plus forte dans les autres pays de l’Union       européenne. Par exemple, le taux d’emploi augmente deux fois plus vite (+1%) dans la zone euro (19 pays) qu’en Belgique (+ 0,5%) (voir tableau             ci-dessous).

 

 

 

 

 

 

Variation de la croissance du taux d’emploi (d’après les données Eurostat)

 

 

Gouvernement Di Rupo

Gouvernement Michel

 

 

2012

2013

2014

2015

2016

 

Zone Euro (19 pays)

-0,4%

-0,3%

+0,5%

+0,8%

+1%

 

Belgique

-0,1%

0%

+0,1%

-0,1%

+0,5%

 

Différence

+0,3%

+0,3%

-0,4%

-0,9%

-0,5%

 

Pays Bas

+1,5%

+1,7%

+1,6%

+1,4%

+1,8%

 

France

Pas de données

+0,2%

+0,5%

 

Allemagne

+0,4%

+0,4%

+0,4%

+0,3%

+0,6%

 

 

 

 

 

                       

 

 

 

                       

 

Idem pour l'évolution de l'emploi intérieur !

 

 

 

Vous faites moins bien que la zone euro !

 

 

 

Evolution de l'emploi intérieur (source : BNB + Commission européenne)

 

Gouvernement Di Rupo

Gouvernement Michel

 

2012

2013

2014

2015

2016

2017

2018

Belgique

0,4%

-0,3%

0,4%

0,9%

1,3%

0,9%

0,8%

Zone Euro

-0,4%

-0,8%

0,7%

1,0%

1,4%

1,4%

1,0%

Différence

0,9%

0,5%

-0,3%

-0,1%

-0,1%

-0,5%

-0,2%

 

 

 

·        La réalité est que c’est la conjoncture internationale qui est favorable et que votre gouvernement en profite moins que nos pays voisins.

 

 

 

·        L'Université de Gand, le professeur Peersman, montre avec clarté de son côté, que les emplois créés le sont essentiellement en raison de la conjoncture et de l'environnement international.

 

            En comparant les prestations de la Belgique avec celles des 29 autres           pays européens et à ces            des gouvernements précédents, le professeur       Peersman arrive la conclusion qu’à peine trois pays européens ont une         moindre croissance que la Belgique.

 

 

 

            En ce qui concerne la création de jobs, nous sommes, à peine à la 23ème    place (nous sommes donc à la fin du peloton).

 

 

 

            Comme première excuse, le gouvernement affirme que c’est parce que      la Belgique a mieux résisté à la crise et que donc la relance est moins          spectaculaire car il n’y a pas autant l’effet de rattrapage.

 

 

 

            Sauf que le professeur nuance ce propos : c’est vrai des pays comme            l’Espagne ou les Pays-Bas ont en effet connu une récession plus profonde          et ont aujourd’hui une meilleure croissance que notre pays mais des        pays comme la Norvège, la Suède, l’Allemagne, le Luxembourg et           l’Autriche qui pendant la crise étaient en meilleure posture que nous,            prestent aujourd’hui à nouveau mieux que nous.

 

 

 

            Une crise moins rude chez les autres que chez nous, n’est pas une     excuse.

 

 

 

            Comme deuxième excuse le gouvernement invoque l’assainissement des   finances publiques.

 

 

 

            Sauf que ça ne peut pas non plus expliquer cette faible croissance. En           effet, à nouveau il y a beaucoup de pays qui ont assaini davantage leur           finance et qui malgré ça, font mieux.

 

 

 

            Votre gouvernement se vante de rétablir la compétitivité des           entreprises pour créer de l’emploi. C’est un fait, presque nulle part            ailleurs, les salaires n’ont autant baissé (ou plutôt pas augmenté) que chez nous. 

 

 

 

            C’est la conséquence du saut d’index. 

 

 

 

            Mais quel est le corolaire ? Une baisse de pouvoir d’achat de nos      travailleurs mais également des pensionnés, malades et autres        allocataires sociaux.

 

 

 

·        En faisant le même exercice que le professeur Gert Peersman mais pour la rémunération hors inflation par employé, la Belgique arrive dernier du classement de tous les pays de l’Union européenne en termes de progression du pouvoir d’achat par employé à il n’y a vraiment pas de quoi pavaner sur les gains du tax-shift pour les travailleurs :

 

 

 


 

 

 

·        Mais est-ce que ça a réellement créé de l’emploi ? Selon le professeur Peersman, il ne ressort pas de son analyse que la baisse des salaires et des cotisations sociales a été utilisée pour créer des jobs supplémentaires (autrement dit, ça sert à payer des dividendes plutôt que d’embaucher).

 

 

 

·        Prétendre comme vous le faites que le gouvernement a augmenté le pouvoir d’achat c’est donc indécent et trompeur. La (trop faible) croissance des salaires, nous la devons aux partenaires sociaux, à la conjoncture internationale et aux évolutions démographiques (augmentation de l’offre d’emplois) et non au gouvernement MR-NVA.

 

 

 

Et en plus, la qualité de l'emploi se détériore ! 

 

 

 

·        En effet, outre la question du salaire (pouvoir d’achat), rien n’est encore dit sur la qualité de l’emploi.

 

 

 

·        On assiste, tout comme en 2015, à une croissance de l’emploi indépendant (1,8 %, +15 000 unités) supérieure à celle de l’emploi salarié (1,4 %, +45 000 unités). Dans ces emplois indépendants combien sont des chauffeurs UBER, livreurs Deliveroo, … sans protection ?

 

 

 

Aujourd’hui, un indépendant sur 6 vit avec un revenu sous le seuil de pauvreté… combien ce sera demain.

 

 

 

·        On voit aussi que votre gouvernement favorise les jobs d’appoint, les heures supplémentaires et le travail à temps partiel avec évidemment des conséquences.

 

 

 

·        En effet, si on regarde l’évolution du nombre d’emplois à temps plein par rapport au nombre d’emplois à temps partiel du 4ème trimestre 2014 (entrée en fonction du gouvernement Michel) au 2ème trimestre 2017 (dernières données publiées sur le site de l’ONSS) on constate qu’il y a eu 36 757 temps plein contre 111 029 temps partiel et emplois précaires (source : https://www.rsz.fgov.be/fr/statistiques/publications/estimations-rapides-de-l-emploi-salarie) .

 

 

 

Autre argument, l'évolution du revenu disponible !

 

Voici ce qu'en dit la BNB :

 

·        Elle table sur une progression de 2,7  du revenu disponible réel des ménages en 2019. Toutefois, c'est la BNB qui parle, "cette augmentation est à nouveau neutralisée à hauteur de 1,1 % par les initiatives en matière de financement, en raison à la fois de la hausse des impôts indirects et du financement non lié au travail. Par solde, le scénario du tax shift présente un accroissement du revenu disponible des ménages à hauteur de 1,6 % en 2019".


 

 

Autre élément :

 

 

 

·        Si on enlève la composante "revenus du capital" et que l'on s'en tient donc à l'évolution des salaires par employé, on a sur base des chiffres de la Commission européenne :

 

            On voit  donc que sur la période 2015-2019, il y a une perte de 1 % !

 

 

 

Evolution de la rémunération réelle par employé (Commission européenne, 9 novembre 2017)

 

 

2019

2018

2017

2016

2015

2014

2013

2012

2015-19

BEL

0,8%

0,6%

-0,5%

-1,4%

-0,5%

0,3%

1,7%

1,1%

-1,0%

ALL

1,4%

1,2%

0,6%

1,6%

2,0%

1,8%

0,8%

1,0%

7,0%

FR

0,5%

0,8%

0,8%

1,0%

0,6%

1,3%

0,8%

0,9%

3,7%

PB

0,4%

1,2%

0,1%

0,3%

-0,5%

0,8%

-0,2%

1,0%

1,6%

LUX

0,1%

0,1%

1,2%

0,7%

2,9%

1,7%

0,6%

-0,2%

5,1%

ZEuro

0,7%

0,8%

0,2%

0,8%

1,1%

0,9%

0,6%

-0,1%

3,7%

 

 

 

 

 

 

·        Cela veut dire aussi que si les revenus disponibles augmentent, c'est certainement sur la composante "capital", donc on sait à quel point elle est distribuée de manière inégalitaire ! Pour rappel, seuls 11 % des ménages détiennent des actions cotées en bourse !

 

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On le voit, chers Collègues, la politique économique et budgétaire du Gouvernement conduit à de très mauvais résultats :

 

·        les comptes publics sont dans un état de grande précarité, vous ne vous en sortez pas,

 

·        rien ne permet d'attribuer à vos réformes les créations d'emplois dont vous vous targuez,

 

·        le salaire par employé est, sur la période 2015 - 2019, en diminution,

 

·        vous renforcez les revenus disponibles du capital, mais vous diminuez ceux du travail,

 

·        vous avez augmenté de façon record les taxes sur la consommation,

 

·        vous ferez, avec le saut d'index, fait une ponction sur la masse salariale de 12,5 milliards d'euros sur la période 2015 - 2019,

 

·        et vous ferez pour plus de 6,5 milliards d'euros d'économies sur la sécurité sociale sur la même période !

 

·        vous avez sabré dans les services publics, je pense en particulier aux 3 milliards sur la SNCB et à l'état de délabrement de la Justice.

 

C'est tout cela votre politique d'austérité.

 

Vous signez un double échec : échec budgétaire et échec économique, tout en dégradant les droits sociaux des travailleurs et leurs protections sociales.

 

Précarité budgétaire, précarité économique et précarité sociale.

 

Vous êtes le gouvernement de la précarité.

 

Pour le bien de nos concitoyens, nous voterons, sans hésiter, contre votre budget et contre votre politique.

 

NB: Seul le texte prononcé fait foi


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