Question de Gwenaëlle Grovonius à Charles Michel, Premier ministre, sur la décision de D. Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël

Monsieur le premier ministre, nous avons tous suivi l'actualité. Hier, le président des États-Unis, M. Donald Trump, a reconnu Jérusalem en tant que capitale d'Israël. Cette décision unilatérale est illégitime et illégale au regard du droit international. Cette décision n'est d'ailleurs saluée que par M. Netanyahou ainsi que par ses alliés de la droite dure. Cette décision balaye tous les efforts de paix entrepris dans la région et anéantit une solution à deux États durable, ce qui risque de causer un chaos sans précédent dans cette région du Proche-Orient.

 

Pendant ce temps, que fait la Belgique? Elle se réjouit de l'unité de l'OTAN et déclare son amertume quant à cette décision. Cette réaction, monsieur le premier ministre, n'est pas à la hauteur de l'enjeu qui est celui-là. Face à une colonisation qui perdure et s'amplifie, face à une oppression toujours plus forte du peuple palestinien ces dernières décennies et face à l'impunité du gouvernement israélien pour toutes les violations commises en matière de droit international, il est nécessaire que notre pays et l'Union européenne émettent une réaction forte afin d'éviter la montée de la violence et le chaos qui pourraient s'ensuivre et dont les populations civiles seraient, évidemment, les premières victimes.

 

Monsieur le premier ministre, comptez-vous condamner publiquement cette décision du président Trump? Comptez-vous rencontrer l'ambassadeur des États-Unis à ce propos? Comptez-vous enfin reconnaître l'État de Palestine alors que le moment opportun se fait de plus en plus criant, seule possibilité pour que cette solution à deux États puisse devenir une réalité sur le terrain et permettre le respect du doit international? Comptez-vous enfin appliquer de manière stricte les guidelines européennes sur l'étiquetage en Belgique? Quid de la rencontre prévue lundi prochain avec M. Netanyahou? Quelle position la Belgique adoptera-t-elle dans ce cadre?

 

J'espère que notre pays sera ferme, en tout cas sur les questions de respect du droit international et, notamment sur la question de la colonisation. Je vous remercie d'avance, monsieur le premier ministre, pour vos réponses.

Réponse de Charles Michel

Je veux être très clair: la déclaration du président Trump à propos du transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem n'est pas conforme au droit international et menace le processus de paix. Nous condamnons cette déclaration inacceptable qui ne fait que jeter de l'huile sur le feu.

 

Il est bien entendu, et je l'exprime de manière solennelle à cette tribune, que non seulement notre ambassade restera à Tel Aviv mais que par ailleurs, nous entendons bien nous mobiliser sur le plan politique, sur le plan diplomatique et d'abord à l'intérieur de l'Union européenne. En effet, plusieurs l'ont dit à juste titre, nous considérons depuis longtemps que l'Union européenne devrait avoir l'ambition de jouer un rôle plus déterminé sur le plan des affaires étrangères, sur le plan international, sur le plan d'une mobilisation en faveur d'un processus de paix, un rôle plus mobilisé parce que l'Union européenne est le principal partenaire économique et commercial d'Israël et, dans le même temps, l'Union européenne est le principal partenaire pour des projets de développement en Palestine.  

La Belgique maintient son message clair mais nuancé: le droit à la sécurité d'Israël est crucial mais notre discours ne peut s'abstenir de condamner la violence.

 

Je plaide cependant aussi pour une plus grande cohérence à l'échelon européen. Nous voulons

investir davantage dans une défense européenne au sein de l'OTAN. C'est un préalable essentiel si nous voulons renforcer notre influence dans les dossiers internationaux

 

Et donc, j'appelle celles et ceux qui, de manière généreuse – et je rejoins ces propositions –, disent qu'on doit mobiliser davantage l'Europe en faveur d'un processus de paix, à être réalistes et à considérer que les choix que nous faisons sur le plan européen, la validation, il y a quelques jours, d'une politique commune en matière de Défense, sont cohérents avec notre ambition de donner plus de capacités et plus de poids politique à l'Europe pour faire en sorte qu'il y ait une capacité de médiation au départ de l'Union européenne. 

Lors du Conseil européen, la semaine prochaine, je préconiserai une réaction européenne forte. Je plaiderai également pour que l'Union européenne tienne un rôle de médiateur

 

J'espère que nous pourrons convaincre des collègues européens de nous rejoindre sur ce sujet afin que l'Europe soit davantage mobilisée.

 

Comme vous l'avez évoqué, lors des relations bilatérales avec les États-Unis, nous abordons tous les sujets. Les convergences de vues sont nombreuses. Nous sommes des partenaires économiques ainsi que dans la lutte contre le terrorisme. Ce qui n'empêche pas les divergences de vues sur certains sujets. J'ai déclaré récemment que nous ne partagions pas leurs points de vue sur les changements climatiques et sur la question de l'Iran à propos de laquelle nous estimons qu'il faut préserver le canal diplomatique à travers l'accord conclu.

Concernant les questions sur la présence du premier ministre Netanyahou en Belgique la semaine prochaine, je peux dire que des entretiens bilatéraux avec l'UE sont prévus. Aucune rencontre n'est prévue avec moi pour l'instant à cette occasion, mais je n'exclus pas que cela puisse encore changer

 

Il y a quelques mois, la Chambre a adopté une résolution contenant un important message à l'attention du gouvernement. Nous ne pouvons pas l'oublier, même si je pense qu'il vaut mieux prendre la direction d'une reconnaissance officielle de l'État palestinien dans un cadre européen. On plaide pour une influence accrue de l'Europe, dans ce cas l'Europe doit aussi jouer son rôle dans ce dossier

 

Sur le terrain diplomatique, j'ai bien l'intention d'évoquer avec mes homologues européens tous ces sujets, y compris la résolution votée par la Chambre. De la sorte, nous verrons bien de quelle manière nous pourrons prendre les bonnes décisions et agir de la façon la plus adéquate.

 

Vous l'aurez compris, la réponse du gouvernement belge est extrêmement claire et précise. Nous comptons bien rester mobilisés dans l'espace européen pour faire entendre la voix de la raison, de la paix et du respect pour le droit international.

Réplique de Gwenaëlle Grovonius

Monsieur le premier ministre, je vous remercie pour votre réponse.

 

Il est évident que la mobilisation européenne doit se poursuivre en vue d'aboutir à une position commune forte. Je l'ai dit et je continuerai à soutenir cette ambition.

 

Malheureusement, monsieur le premier ministre, à force d'attendre une prise de position de l'Union européenne, la situation se dégrade jour après jour, de sorte que nous nous trouvons devant le fait accompli qui ne nous permettra pas de revenir en arrière. Or la Belgique dispose de leviers qu'elle peut actionner directement. Elle peut décider d'actes forts et prendre ses responsabilités dans ce dossier.

 

Comme nous l'avons dit, le tracé de lignes directrices sur l'étiquetage des produits issus des colonies constitue l'une des pistes à explorer de manière approfondie. En outre, je maintiens qu'il faut immédiatement rendre effective la résolution qui a été votée par notre parlement. C'est la condition minimum pour aboutir à une solution à deux États, qui favorisera une paix durable dans la région. De la sorte, la sécurité et le respect du droit international pourront être garantis.

 

Monsieur le premier ministre, la Belgique doit donc aussi assumer son rôle et ses responsabilités.


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