Question de Karine Lalieux à Jan Jambon, ministre de l'Intérieur, sur les émeutes à Bruxelles

Monsieur le président, monsieur le vice-premier ministre, je serai très claire, tout comme le PS l'a été depuis les événements de samedi soir, qui sont totalement inacceptables. Le débriefing des services de police est en cours. Je pense que nous disposerons demain du rapport du fédéral, mais sans doute allez-vous le confirmer, monsieur le ministre.

 

Les services de police bruxellois ont déjà pris des mesures de renforcement de la présence policière dans le centre-ville, ainsi que des forces de prévention - car il faut aussi prendre en compte cet aspect.

 

J'ai entendu beaucoup de personnes donner leur avis, prodiguer des conseils et proposer des solutions. Cela dit, j'aimerais rappeler certaines choses. Tout d'abord, l'événement de samedi soir est un fait spontané. Aucune alerte n'a été lancée par le Centre de crise, la Région ou de zones de police. À Bruxelles, nous gérons plus de 900 manifestations par an, 3 500 événements, 13 sommets européens. Dans 99 % des cas, aucun trouble n'est à déplorer; tout se passe bien. Il est bon de répéter que les forces de l'ordre remplissent leur mission qui consiste à garantir la sécurité. Cela fait des années, monsieur le ministre, que les autorités communales demandent – ainsi que nos policiers, surtout eux! – une augmentation du nombre de policiers pour la zone de Bruxelles-Ixelles. Or, depuis les attentats, pas un seul policier n'est venu la rejoindre. Il y manque 300 agents. Ce sont les chiffres de notre chef de corps.

 

Par ailleurs, et je regrette l'absence du ministre de la Justice – puisque vous avez tenu une conférence de presse avec lui –, des arrestations ont eu lieu. D'autres sont imminentes. Nous voulons un signal fort – je l'indiquerai à votre collègue de la Justice quand il sera présent parmi nous – à l'égard des fauteurs de trouble et des casseurs. La fermeté et la sévérité sont nécessaires pour mettre un terme à l'impunité. Trop souvent, monsieur le ministre, le travail de nos policiers est suivi d'une absence de réaction judiciaire. Au demeurant, je ne tiens pas à en accuser les magistrats: il en manque quarante au parquet de Bruxelles pour accomplir ce travail. Aujourd'hui, nous constatons trop de classements sans suite, dus à un manque d'effectifs.

 

Monsieur le ministre, ce matin, vous avez été chargé par le gouvernement d'élaborer un grand plan de concertation. Il me revient, et j'en termine, monsieur le président, que les personnes arrêtées hier viennent de différentes communes bruxelloises et du Brabant flamand. Par conséquent, ce n'est pas seulement avec la Ville de Bruxelles qu'il convient de discuter. Il ne faut pas non plus toujours réinventer la concertation car elle s'est bien déroulée samedi. Il faut surtout un suivi judiciaire par rapport à ces personnes.

 

Ce que je voudrais vous entendre me dire, aujourd'hui, monsieur le ministre de l'Intérieur et monsieur le ministre de la Justice, c'est que demain il y aura un renfort en personnel, que les recrutements et les engagements vont se faire. C'est cela qu'il nous faut à Bruxelles, comme il nous faut un suivi judiciaire de ces casseurs. Ce qu'il ne faut pas, ce sont des amalgames inacceptables venant d'un secrétaire d'État!

Réponse de Jan Jambon

Monsieur le président, chers collègues, je tiens à préciser avant tout que le maintien de l'ordre public est une responsabilité locale. En tant qu'autorité fédérale, nous apportons un soutien chaque fois que la demande nous en est faite. Plusieurs d'entre vous ont posé la question, la réserve fédérale était présente et le fédéral a répondu à toutes les demandes de la police de Bruxelles. Comme prévu dans le plan Canal, la capacité de la réserve fédérale a été augmentée et elle le sera encore dans les mois et les années à venir.

 

Tant samedi soit qu'hier, l'aide fédérale a été rapide et adéquate. Je ne dis pas cela pour échapper à ma responsabilité car si l'ordre public est menacé de la sorte et de façon aussi explicite, j'estime qu'il est de mon devoir de contribuer à garder la situation sous contrôle.

 

Je profite également de cette tribune pour remercier vivement nos policiers et nos pompiers qui ont dû travailler dans des circonstances particulièrement difficiles. Il est inacceptable que des policiers qui risquent leur vie pour notre population soient attaqués de la sorte! Je tiens à adresser mes encouragements aux personnes qui ont été blessées. Nous pouvons toujours poser des questions sur la police en tant qu'organisation mais le travail des policiers mérite notre plus grande estime.

 

Suite aux émeutes du 11 novembre, une série de questions pertinentes sur le commandement, les arrestations ou la présence des policiers sur le terrain ont été soulevées.

 

Permettez-moi de ne pas me prononcer aujourd'hui sur ce sujet. Immédiatement après les émeutes, j'ai demandé à l'AIG de mener une enquête indépendante et approfondie. Je disposerai du rapport dès demain et il est clair que ce rapport sera partagé avec le parlement.

M. Demon évoquait le Comité P, mais il s'agit d'un organe du Parlement. L'AIG est mobilisée, elle relève de ma compétence.

 

Les résultats de ce rapport seront également insérés dans un plan d'action que j'établirai avec mon collègue de la Justice, Koen Geens. Je me rends compte que c'est urgent.

J'aurai, dès ce soir, une première réunion avec le ministre Geens.

 

Madame Lalieux, pour le plan d'action, il est évident que les pouvoirs locaux seront aussi consultés, la Ville de Bruxelles mais aussi la Région. Cette concertation me paraît logique.

 

Un tel plan ne peut fonctionner que si toutes les autorités collaborent plutôt que de choisir la confrontation.

 

La police était informée de la venue du rappeur parisien. L'Internet Referral Unit (IRU) surveille le web et les réseaux sociaux mais il est évidemment impossible d'intercepter tous les messages.

 

Une étude sur les zones de police–de l'ensemble du pays– est actuellement menée et Bruxelles y sera associée. Les zones de police de plus grande taille ont en effet démontré leur efficacité. Il est un peu facile de jeter la pierre aux policiers. C'est en effet le comportement crapuleux de voyous qui a provoqué les émeutes. Les récents incidents sont les métastases d'un cancer qui pourrait ébranler notre société. C'est la raison pour laquelle il nous faut mener une politique de riposte immédiate et sanctionner sévèrement les vandales.

 

La tolérance zéro sera la règle.

Réplique de Karine Lalieux

Monsieur le ministre, je vous remercie pour vos réponses.

 

Monsieur le ministre, on vous entend! Vous êtes toujours "en train de…", "je vais agir pour…"!

 

Nous vous demandons d'agir, non pas dans une semaine ni dans un mois mais maintenant, monsieur le ministre! Très clairement, ce qui est demandé, ce sont des budgets pour renforcer la police en effectifs, renforcer la justice en magistrats ainsi que notre police de sécurité.

 

Lorsque vous ou M. Geens parlez de tolérance zéro, l'insupportable, monsieur le ministre, c'est qu'un casseur qui, samedi soir, a démoli une voiture de police et qui a été arrêté par cette police, était relâché le lendemain matin. C'est cela le sentiment d'impunité que vivent les Bruxellois! Ce n'est pas une question de police locale ni une question d'autorités communales mais bien une question du domaine judiciaire, de manque de magistrats…

Monsieur le ministre, c'est vous qui parlez de tolérance zéro!

 

Et bien, nous, nous demandons à présent la fin de l'impunité et pas seulement pour les policiers mais aussi pour les SMUR, les pompiers et les citoyens qui sont aujourd'hui violentés


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