Intervention de Laurette Onkelinx sur la déclaration de Gouvernement de Charles Michel, Premier ministre

Monsieur le Premier Ministre,

 

Savez-vous qui a dit : « Il y a des jours où je pense que je vais mourir d’une overdose d’autosatisfaction ? »

 

Votre discours d’hier m’a rappelé cette phrase de Salvator Dali.

Nous sommes les plus beaux, nous sommes les plus forts, tout va bien.

 

C’en était gênant.

 

Je ne vais pas revenir sur toutes les mesures antisociales que vous avez imposées à ce pays depuis 2 ans. On vous a suffisamment rappelé le saut d’index, les taxes sur la consommation, l’augmentation du prix de l’électricité, la mise à sec des services publics ou la pension à 67 ans.

 

Mais je voudrais tout particulièrement saluer tous ces travailleurs - et ce sont surtout des femmes seules avec enfants, qui travaillent à temps partiel et qui reçoivent une allocation pour éviter un piège à l’emploi : elles acceptent un travail à temps partiel et elles bénéficient d’un revenu plus important que si elles restaient au chômage. Elles sont dans toutes les statistiques de pauvreté que vous avez reprises hier. Vous les rencontrez pour la plupart en faisant vos courses par exemple.

 

Au 1er janvier prochain, celles qui bénéficient de cette allocation depuis deux ans, vont perdre la moitié de leur soutien à l’emploi. Elles qui ont un petit salaire, vont perdre de 200 à 500 euros par mois.

 

Que croyez-vous, Monsieur le Premier Ministre, qu’elles auront ressenti en vous écoutant citer Mandela, en vous écoutant plaider pour vaincre la pauvreté et vivre dans la dignité ?

 

Ce que j’ai ressenti moi, pour elles, pour ces dizaines de milliers de femmes, c’était de la colère.

 

La colère, c’est aussi celle de ces travailleurs massivement licenciés dans ce mois de septembre noir.

 

A l’heure ou Caterpillar annonce la fermeture de son site de Charleroi et le licenciement de 2.200 personnes ;

A l’heure ou ING annonce la suppression de plus de 3.000 emplois dont 1.700 licenciements secs ;

A l’heure des annonces d’AXA, IBM et d’autres encore ;

A l’heure où les travailleurs ont peur pour leur avenir et se demandent s’ils ne sont pas les prochaines victimes d’un licenciement boursier...

 

Dire que tout va bien, que la situation de la Belgique s’améliore, que de nombreux emplois ont été créés… c’est une véritable gifle à ces travailleurs.

 

Ce qui fait la force de notre société, ce sont les travailleurs et non les actionnaires, c’est le courage de tous ces hommes, ces femmes, ces familles qui, jour après jour, fournissent des efforts considérables, donnent de leur personne pour faire en sorte que leur entreprise et notre économie aient la meilleure santé possible.

 

Ce sont donc les travailleurs qui doivent faire l’objet de toute notre attention. Et pourtant, Monsieur Michel, ce n’est pas la voie que votre gouvernement a choisie. Plutôt que d’empêcher que de nouveaux drames sociaux ne se réalisent, plutôt que d’empêcher les licenciements boursiers par exemple, votre gouvernement a décidé de s’attaquer encore et toujours aux travailleurs.

 

Les exemples sont nombreux :

 

-          Après un premier saut d’index l’année dernière, vous vous attaquez à nouveau aux salaires en modifiant la loi de 1996.

Vous acceptez que des actionnaires fassent des millions voire des milliards de plus-values sans aucune taxe, mais par contre, vous empêchez les augmentations salariales en corsetant la négociation interprofessionnelle.

On comprend mieux pourquoi hier à la tribune, le patron de la FEB vous écoutait en souriant.

 

-          Vous voulez forcer les travailleurs à être plus flexibles et travailler 45 heures par semaine sur la seule décision de leur employeur, et sans qu’un sursalaire ne soit payé. Vous augmentez le nombre d’heures supplémentaires qu’un travailleur peut prester sans repos compensatoire et inventez un système d’heures supplémentaires sans motifs, sans justifications, même économiques !  Je voudrais aussi vous corriger. Vous avez dit beaucoup de choses inexactes ce matin à la radio, et notamment sur les 45 heures :

1.      Contrairement à ce que vous aviez dit, cela ne va pas se négocier       sectoriellement. C'est dans le socle commun imposé. 

2.      Je vous rappelle que jusqu'à 45 heures, vous avez décidé qu'il n'y aurait pas de sursalaire pour les heures supplémentaires.

3.      Arrêtez de dire que le travailleur est décidément l'heureux élu de cette réforme. On n'est pas chez les bisounours. On ne va pas avoir un travailleur qui se dit : "ben tiens, mon gamin n'est pas bien cette semaine, je vais faire 30h et je compenserai plus dans quelques mois." Mais enfin ! C'est l'employeur qui décidera seul. Et c'est cela qui est inscrit dans votre accord. C'est une flexibilité au profit des entreprises, pas des travailleurs.

 

-          Vous augmentez les cotisations sur les prépensions, ce qui entrainera les employeurs à préférer le licenciement sec à une formule humaine et plus respectueuse de la carrière du travailleur âgé.

 

-          Quand un travailleur connaît le chômage à un moment dans sa carrière, dès la seconde phase, vous diminuez le salaire de référence pour la pension, bref vous diminuez ses droits à la pension.

 

-          Vous proposez que l’employeur réserve 5 jours de formation pour ses travailleurs au lieu de ce qui existe actuellement. C’est une bonne chose en soi. La mobilité des travailleurs sera plus importante et il est essentiel qu’ils puissent se former. Mais ce qui ne va pas, c’est que d’un autre côté vous supprimez les sanctions aux employeurs qui ne respectent pas leur obligation de formation.

 

Enfin, vos réformes contre les travailleurs, vous essayez de les justifier en prétextant que c’est le seul moyen pour préserver nos emplois.

 

C’est non seulement scandaleux, mais c'est également faux !

 

Si je reprends l’exemple de Caterpillar… Les travailleurs de Caterpillar ont tout donné, ils ont tout accepté. Ils ont été extrêmement flexibles, ils n’ont pas compté leurs heures supplémentaires, ont travaillé le samedi et sacrifié une partie de leur vie de famille.

 

Ils ont accepté des diminutions de salaires pour satisfaire les actionnaires et garantir leur emploi.

 

Ils ont été au-delà des objectifs.

 

Les travailleurs d’ING ont également fait d’énormes concessions. Ils ne comptaient pas leurs heures supplémentaires (non rémunérées bien sûr), leurs salaires n’ont depuis très longtemps pas été augmentés.

Au final pour quoi ?

 

Rien, la décision de Caterpillar, la décision d’ING, nous les connaissons, il faut toujours plus de dividendes pour les actionnaires, les travailleurs ne comptent pas. Et je me demande combien de cadeaux fiscaux et de diminutions de cotisations sans contrepartie ces entreprises ont empoché.

 

Après ces drames, j’attendais une autre réaction de la part de votre gouvernement. Une petite reconnaissance pour nos travailleurs, nos concitoyens. A la place, vous annoncez froidement de nouvelles attaques.  

 

Lorsque l’histoire se répète, lorsqu’une fois encore, des groupes multinationaux licencient en masse leurs travailleurs pour privilégier les dividendes, les mots et les graphiques ne suffisent pas.

 

Il faut agir ! Avec courage, avec vigueur.

 

Nous avons eu des paroles, encore des paroles, que vous semez au vent.

Ne vous étonnez pas si la tempête continue à gronder.

 

Mesdames et Messieurs,

 

Puisque je parle de paroles, puis je vous dire que j’ai trouvé l’humour du gouvernement sur les jeunes travailleurs de mauvais goût.

 

Ainsi donc, on soutient des "starter jobs" pour les jeunes.

 

Est-ce que chacun a bien compris la mauvaise farce que ce gouvernement a réservée aux jeunes ?

 

Il y a quelques années, en 2012 plus exactement, gouvernement et partenaires sociaux ont décidé de revaloriser le salaire des jeunes travailleurs. Pour soutenir ces jeunes, pour éviter un piège à l’emploi.

 

Et patatras, ce gouvernement fait marche arrière sur cela aussi.

 

Les starter jobs ? C’est une diminution du salaire minimum pour les jeunes. C’est une main d’œuvre à bon marché qu’on offre aux employeurs.

Par exemple, un jeune de 18 ans, gagnera 18% en moins qu’un jeune de 21 ans !

 

Et en plus, on allonge de 6 mois à 1 an la période d’attente, c’est à dire le nombre de mois que les travailleurs qui débutent leur vie professionnelle doivent travailler avant d’être aidés par la sécurité sociale.

Alors que les mini-jobs se multiplient, les boulots précaires et les intérims, les jeunes perdent leur protection pendant plusieurs mois.

 

J’espère que des jeunes nous écoutent et qu’ils réalisent que ce gouvernement s’est moqué d’eux !

 

 

Monsieur le Premier Ministre,

 

Je ne vais pas être manichéenne et dire que vous avez tout faux.

Non.

 

Il est des mesures que nous soutiendrons. Nous l’avons fait l’an passé avec par exemple la suppression des cotisations sociales pour l’embauche des premiers travailleurs et, je dois à la vérité que cela a fonctionné.

 

De la même façon, nous saluons votre volonté de responsabiliser les employeurs vis-à-vis des travailleuses enceintes ou votre décision de permettre le cumul partiel entre salaire et indemnités pour les travailleurs en incapacité.

 

Je suis plus perplexe quant à la réforme envisagée pour les voitures de société. Votre décision de taxer les cartes essence, je pense que c’est une bonne chose mais je ne comprends pas ce que vous appelez budget de mobilité…

 

Mais concrètement, cette somme de 450 EUR, c’est quoi ? Aujourd’hui déjà, l’employeur pourrait choisir de donner une augmentation salariale au lieu de proposer une voiture de société… Faut-il comprendre que cette somme de 450 euros sera totalement exempte de cotisations et de taxation ? Si c’est le cas, on va inévitablement créer des inégalités entre les travailleurs. Pourquoi certains y auraient droit et pas d’autres ? Vous semblez noyer le poisson pour compenser la taxation des cartes d’essence… On jugera sur base des textes, mais permettez-moi d’être sceptique, ça ne me semble pas très au point.

 

Par rapport à votre sursaut de vision en termes de mobilité…. 4 phrases hier dans votre déclaration sur le sujet…. 4…. Pour dire en plus, en des termes voilés, que la SNCB va continuer à subir les économies draconiennes et par rapport au RER, malgré vos engagements d’investissements de juillet dernier, je ne vous ai pas entendu hier. Pas un mot.  

 

 

Puis il y a les réformes qui nous inquiètent.

 

Comme celle sur les pensions encore et toujours.

 

Les pensionnés qui sont les mal-aimés du gouvernement. Les pensionnés qui ont subi toutes les taxes à la consommation mais n’ont pas profité du tax shift.

Et qui voient la liaison au bien-être fondre comme neige au soleil. Maintenant c’est aux futurs pensionnés que vous vous attaquez :

 

-          Augmentation de l’âge de mise à la pension du personnel roulant de la SNCB et des militaires (merci pour leur rôle de soutien à la lutte contre le terrorisme)

-          Réforme des périodes assimilées dans le régime des travailleurs salariés

-          Suppression des tantièmes préférentiels

 

Je pressens un ras-le-bol désespéré de tant d’hommes et de femmes qui voient ainsi leurs droits saccagés.

 

Quant à la fonction publique…. Je crois qu’en réalité ce sont les hommes et les femmes qui assurent le service à la population qui vont être les plus grandes victimes de vos réformes : ils vont tout prendre en pleine figure, et en plus ils devront avaler les grosses économies dans les départements comme la réduction de leurs possibilités d’interruption de carrière.

 

C’est à travers elles et eux, le rôle de l’Etat et la défense du pays que vous fragilisez !

 

 

Mesdames et Messieurs,

 

Pour asseoir une réforme et réaliser un budget, il faut d’abord un constat lucide sur le pays.

Il y a des points positifs et il faut le dire et vous avez raison de souligner la bonne performance de nos exportations ou encore la poursuite de la diminution du nombre de faillites commencée dès 2013.

 

Mais pour être crédible, il faut tout dire. Il faut dire toute la vérité.

 

·         Il faut expliquer que malheureusement en Belgique, nous avons une croissance économique inférieure à la moyenne européenne, ce qui est neuf et négatif :
en 2016 : 1,7 % en Europe    1,4 % en Belgique
en 2017 : 1,5% en Europe     1,2% en Belgique

 

·         Il faut expliquer qu’en 2014, après le Pacte de compétitivité du précédent gouvernement et, avant que votre gouvernement ne rentre en piste, le Bureau du Plan tablait - sans toutes vos réformes - sur une augmentation de l’emploi de 64000 emplois. Et que dès lors, vos réformes extrêmement couteuses et néfastes pour les travailleurs ont certes eu un effet sur l’emploi … Mais de 16000 maximum et encore, avec énormément de temps partiels. Avec les milliards engloutis par les entreprises… C’est dérisoire ! Et notre taux d’emploi, selon Eurostat, diminue alors qu’il augmente dans la Zone euro.

 

·         Il faut expliquer que l’inflation augmente à ce point que le ministre de l’Economie a demandé une analyse d’urgence. Les prix augmentent dans les télécommunications, dans l’horeca, dans les produits alimentaires transformés. On est des mauvais élèves dans la classe européenne.

 

·         Il faut expliquer que la dette augmente encore et que vous n’arrivez pas à répondre aux exigences européennes. Quand vous dites que vous préparez l’avenir de notre société, est ce en leur attachant le boulet de la dette aux pieds ?

 

·         Et la confiance, le retour de la confiance…. Vous avez constaté comment nos recettes fiscales ont plongé par rapport aux prévisions… une catastrophe.

 

Eh oui, Monsieur le Premier Ministre… Il ne faut pas avoir peur de la vérité. Les effets de manche ne peuvent pas tout cacher...

 

 

Le budget 2017 ne va certes pas arranger la situation du pays.

 

Mais quelle gestion !!!

C’est du grand n’importe quoi.

 

D’abord, on lance des chiffres à la figure comme on fait voler des confettis au carnaval.

 

En 3 mois, on passe d’un effort sur 2016/2017 de 2,4 milliards à 4,2 milliards pour finir à 3 milliards.

Bonjour le sérieux !

 

 

Votre gouvernement ne réussit à aucun moment à respecter ses objectifs. Un exemple :

 

·         en 2015, vous deviez améliorer votre solde de 0,7%du PIB . Résultat final : amélioration de 0,16 soit un peu plus de 2 milliards dans la vue

·         en 2016, rebelote, vous deviez améliorer le solde de 0,56% et ce sera 0,1%

·         2017, gros effort de 1,1 % du PIB dites-vous. Mais qui vous croit ??? A mon avis pas la Cour des Comptes qui doutait, dans un exercice précédent, du réalisme de certaines recettes de votre budget

·         Et, Monsieur Van Rompuy, c'est sans compter les effets du tax shift après 2018 pour plusieurs milliards non financés d'après la Banque Nationale.

 

En réalité, vous laissez filer le budget et la dette. Vous ne rendez pas service aux jeunes générations parce que vous êtes obsédés par des réformes structurelles qui cassent nos mécanismes de soutien salarial des travailleurs et de protection sociale de la population.

 

 

Et puis la cerise sur le gâteau :

 

Un budget totalement disproportionné.

La moitié de l’effort sur la sécu dont 900 millions sur les soins de santé.

 

Vous avez dit ce dimanche : « Les soins de santé sont un bien précieux ».

 

Oui, vous avez entièrement raison. Mais alors, Monsieur Michel, pourquoi vous ne les protégez pas !

 

Oui, notre système de soins est souvent montré en exemple. Mais, je peux vous l’assurer, il ne le sera plus si vous continuez à faire peser sur lui des choix budgétaires inconsidérés.

 

Vous aviez dès le départ promis, malgré les efforts à réaliser, que vous n’alliez pas toucher au patient. Ce n’était évidemment qu’une promesse en l’air :

 

-      Vous avez augmenté les tickets modérateurs chez certains spécialistes : chez un ophtalmologue ou un gynécologue la part payée par le patient était de 8,23 euros en 2014, elle est maintenant passée à 12 euros,

-      Vous avez réduit la durée de séjour en maternité qui était de 4,5 jours en 2014 et qui est aujourd’hui de 3,5 jours et cela sans dégager les moyens nécessaires pour permettre le développement des soins postnatals,

-      Vous avez reporté l'application du tiers-payant obligatoire pour les bénéficiaires de l’intervention majorée et vous avez refusé de l’étendre aux patients chroniques.

 

Aujourd’hui, à nouveau, votre Gouvernement fera des économies substantielles sur nos soins de santé. Je le disais déjà : plus de 900 millions d’économies en 2017. 675 millions arrêtés avant le conclave budgétaire, dont plus de 400 sans connaitre les mesures. Puis 227 millions d'efforts supplémentaires demandés aujourd'hui.

 

On parle donc d’une contribution du secteur des soins de santé à l’assainissement budgétaire de votre Gouvernement de 3,6 milliards à l’horizon 2019. Et alors que les moyens n’ont augmenté que de 1 % en 2016, la croissance sera proche de 0 en 2017.

 

Tout cela sans toucher aux patients ? Tout cela en continuant à répondre aux besoins de la population ?  Tout cela en dégageant des marges pour de nouvelles initiatives en faveur des patients et professionnels du secteur ? Je n’y crois pas une seule seconde.

 

Et que dire de Madame De Block qu’on ne peut décidément plus croire : elle prend un engagement et le lendemain elle fait le contraire. Puis avec le sourire aux lèvres elle conclut : c’est la politique hein ça madame…

Non !!! La politique, telle que je la conçois, c’est respecter ses engagements.

 

Et justement, la ministre de la santé nous dit : ça ne fera pas mal. Je vais faire cela au scalpel. 900 millions au scalpel.

Et elle prend pour exemple les antibiotiques, trop nombreux dans notre pays.

 

Ce n’est pas une petite mesure puisque les prix des antibiotiques pour le patient feront plus que doubler à la pharmacie : pour une boite de 11,5 euro, le patient paiera 5,6 au lieu de 2,5 euros.

 

Ce n’est pas une mesure de santé publique non plus. Car, oui, il y a une surconsommation d’antibiotiques dans notre pays. Mais non, votre mesure n’y mettra pas fin :

 

-      Car ce n’est pas le patient qui choisit ou non de prendre un antibiotique, c’est le médecin qui le lui prescrit. Ce n'est pas en faisant payer le patient qu'on va inciter les médecins à prescrire moins d'antibiotiques.

 

-      Car cette augmentation n’empêchera pas le patient de prendre l’antibiotique qui lui a été prescrit mais elle fera augmenter sa facture annuelle à la pharmacie de 4%. Et ce, alors que les médicaments constituent déjà le premier poste de dépenses dans le budget santé des ménages belges et aussi le poste de dépense le plus fréquemment reporté pour des raisons financières.

 

 

Une mauvaise mesure donc… dont l’impact est de 14 millions sur les 900. Vous imaginez à quoi on peut s’attendre pour le reste.

 

Par exemple, 92 millions dans les hôpitaux, c’est énorme.

 

Monsieur le Premier Ministre, certains dans votre entourage susurrent que ce n’est pas grave, qu’il s’agit seulement de diminuer le nombre de lits excédentaires. Faux !!!

 

Dans le système actuel, les lits non occupés ne sont pas financés !! Ce n'est pas non plus ce que vous avez raconté ce matin. Vous avez parlé des montants de référence, à savoir l'objectivation du coût d'opérations pour certaines pathologies. C’est tout autre chose et cela on le fait déjà depuis plusieurs années.

 

Autrement dit, alors qu’un tiers des hôpitaux connaît de grandes difficultés, vous allez les plonger tous ou presque dans le rouge : leur seule solution sera alors les diminutions d’emplois qui affecteront la qualité des soins ou encore le recours aux suppléments dans certaines chambres qui deviendront impayables pour la majorité de la population sauf ceux qui disposent d’une assurance privée très coûteuse !

 

Autre économie, vous décidez de ne pas indexer les honoraires des prestataires de soins. Vous savez ce qui se passera. Certains accords tarifaires bénéfiques pour les patients pourraient être dénoncés et il sera d’autant plus difficile d’en conclure de nouveaux. Les tarifs seront libres et donc plus chers. Cela évidemment au détriment de l’accessibilité des soins aux patients.

 

Tout cela en plus de la diminution des indemnités que vous avez décidées pour les malades de longue durée ou pour les congés de maternité par exemple.

 

Dire que les soins de santé sont un bien précieux ne suffit pas.

Car, s’il on y croit vraiment, il faut tout mettre en œuvre pour protéger ce bien.

 

En épargnant les patients déjà touchés par la maladie.

 

En soutenant les professionnels de soins. Ce que vous ne faites clairement pas !

 

 

Mesdames et Messieurs,

 

Je veux terminer cette intervention en parlant de la pauvreté.

 

Monsieur le Premier Ministre, vous avez repris que 21% de la population présente un risque de basculer dans la pauvreté ou dans l’exclusion sociale.

 

Parmi ceux-ci, nous comptions, en 2015, 115.027 bénéficiaires du RIS, soit une augmentation de 12,4 % par rapport à 2014. Et près de 40.000 nouveaux dossiers sont attendus pour 2017.

 

C’est cela aussi votre bilan. Qui s’alourdira avec le poids de vos nouvelles mesures, notamment sur les temps partiels et la santé. C'est cela qui choque tant de monde : constater que vous ne faites rien pour taxer les grands actionnaires, pour faire participer les 10% les plus riches à la solidarité et vous supprimez même la taxe sur les spéculations. Et dans le même temps, vous rendez plus difficile encore la vie des plus fragiles de notre société.

 

Vous avez cité Saint-Exupéry et Mandela pour terminer votre discours sur l’Etat de l’Union.

Pour parler d’optimisme et de pauvreté.

 

Je ne crois pas pour ma part qu’il faille convoquer de grands esprits pour parler de nos concitoyens qui sont dans les plus grandes difficultés.

 

Il faut prendre le temps de les voir, de parler avec eux, de connaître leurs problèmes, le monde parallèle dans lequel ils évoluent, la peur qui les étreint pour eux-mêmes et leur quotidien, pour leurs enfants aussi.

 

Prendre le temps de les écouter pour mieux les comprendre.

 

Et cesser de prendre des mesures qui leur barrent le chemin de l’espoir.

(NB: Seul le texte prononcé fait foi)


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