Question d'Ahmed Laaouej à Charles Michel, Premier ministre, sur le budget

Monsieur le premier ministre, la Commission européenne vient de livrer ses prévisions économiques et elles confirment toutes nos craintes. Votre politique plonge le pays dans un double marasme. Un marasme économique d'abord, parce qu'après deux ans, la croissance belge est pointée bien en dessous de la moyenne européenne. Un marasme budgétaire ensuite, au regard de l'évolution du déficit structurel.

 

Le résultat, c'est que vous voilà dans une fâcheuse posture, car vous perdez l'ultime justification de votre politique d'austérité, à savoir la relance économique, maintes fois annoncée, mais qui n'est pas au rendez-vous. Depuis deux ans, vous nous parlez de soutien à l'activité des entreprises pour justifier vos multiples cadeaux au patronat et aux actionnaires. Vous prétendez créer des emplois, mais les résultats, au regard des sacrifices infligés à la population, n'impressionnent personne et ne feront jamais oublier vos atteintes répétées à la concertation sociale, aux droits sociaux et aux revenus des ménages. Et au final, après la Cour des comptes et le comité de monitoring, voici la Commission européenne qui confirme la précarité budgétaire dans laquelle vous plongez le pays.

 

Vous affirmiez améliorer le solde structurel de 0,6 %. C'est près de 0,35 % du PIB, soit 1,5 milliard d'euros, que la Commission écarte de vos calculs. Elle pointe des recettes fiscales évanescentes, comme le cadeau fait aux diamantaires ou la taxe bancaire. Elle pointe aussi de fausses économies, comme le redesign de l'administration, qui ne correspond à rien. La cerise sur le gâteau, c'est une épée de Damoclès bien lourde, celle du milliard de dépenses nouvelles en sécurité et en asile, qui pourrait bien faire partie de votre déficit structurel.

 

Monsieur le premier ministre, des finances publiques à ce point fragilisées correspondront à court terme à un nouvel envoi de factures vers nos concitoyens, comme vous l'avez toujours fait. Quelles leçons immédiates allez-vous tirer du mauvais bulletin de la Commission européenne? Quand allez-vous enfin sortir de votre déni de réalité? Comment allez-vous enfin mener une politique économique et budgétaire éloignée de votre idéologie de l'austérité?

Réponse de Charles Michel

La Commission, tout comme le gouvernement, remplit son rôle. Il s'agit ici de la mise à jour des prévisions économiques, pas encore du rapport spécifique par pays, que nous recevrons prochainement.

 

Lors du dernier ajustement budgétaire, nous avons insisté pour qu'une partie de nos dépenses en matière d'asile et de sécurité soit neutralisée. La Commission européenne avait déjà approuvé la neutralisation des coûts relatifs à l'asile. Aujourd'hui, nous avons reçu un courrier de la Commission indiquant que celle-ci souscrivait à la neutralisation des dépenses exceptionnelles en matière de sécurité.

 

Les 0,25%, auxquels s'ajoutent les 0,3% de dépenses pour l'asile et la sécurité, ont été reconnus par la Commission comme effort réalisé. Nous nous sommes engagés à atteindre 0,6% pour l'entité I, alors que la Commission européenne recommande ce taux pour l'ensemble du pays.

 

Nous nous situons, bien entendu, sous le seuil des 3%. Je reconnais que notre dette pourrait constituer un point délicat. Nous y consacrerons une attention particulière lorsque nous procéderons aux exercices budgétaires des mois de juin et de juillet.

 

Je voudrais relativiser certaines observations. En 2015, nous avons mené des discussions analogues après avoir reçu des rapports de la Commission européenne

 

Le gouvernement avait calculé à 2,6 % le déficit de 2015 mais la Commission l'évaluait à 2,9%. L'Institut des Comptes nationaux nous a donné raison et la Commission lui a emboîté le pas. Il y a donc bien un dialogue qui nous permet de faire valoir nos arguments.

 

Ce gouvernement travaille, assume ses responsabilités. Le nombre de faillites n'a jamais été aussi bas depuis dix ans. Des dizaines de milliers d'emplois sont en cours de création. Appauvrissons-nous les Belges? Nous donnons 100 euros en moyenne aux bas et moyens salaires!

 

Le gouvernement ne ménage pas ses efforts pour mener des réformes courageuses et vitales visant à assurer l'avenir, la prospérité et la solidarité des citoyens. La solidarité, nous ne nous contentons pas de la proclamer! Nous y travaillons par des réformes qui permettront de financer nos soins de santé et nos pensions!

 

J'en appelle au sens des responsabilités des partenaires sociaux, des dirigeants économiques, des syndicats, du gouvernement, de la majorité et de l'opposition. J'appelle chacun à être responsable, dans ces moments difficiles où nous sommes confrontés à la terreur et à son impact économique.

 

Rendez-vous en juin, juillet pour les prochains exercices budgétaires: nous tiendrons le cap de l'assainissement et le cap des réformes, pour l'emploi.

Réplique d'Ahmed Laaouej

Monsieur le premier ministre, quand allez-vous comprendre qu'on ne gère pas un pays comme on gère une petite boutique!

 

La population souffre de votre mauvaise gestion. À défaut de nous entendre dans ce parlement, entendrez-vous enfin les travailleurs qui, depuis deux ans, expriment leur ras-le-bol? N'entendez-vous pas la société civile? Ne voyez-vous pas que toute l'austérité que vous avez infligée à nos concitoyens est insupportable?

Il y a eu le saut d'index, une ponction de 2,5 milliards sur les salaires, vos taxes sur la consommation qui dépassent de loin le milliard … 

 

Je sais que mes propos vous gênent, mais vous ne m'empêcherez pas de parler et vous ne m'empêcherez pas de vous dire les réalités que vous ne voulez pas voir. Il y a aussi les cadeaux à répétition que vous faites au grand patronat, sans la moindre exigence de création d'emplois, l'affaiblissement des protections sociales et les atteintes aux droits sociaux. Et, aujourd'hui, vous remettez en cause la semaine des 38 heures. Tout cela pour des résultats économiques et budgétaires désastreux. Tel est votre bilan. Les gens n'en peuvent plus!

 

Chers collègues, mettez-vous un seul instant à la place de nos concitoyens quand ils entendent tenir un discours aussi éloigné de leurs fins de mois difficiles. En continuant dans cette voie, l'histoire retiendra de vous, monsieur Michel, que vous aurez été le premier ministre de l'austérité et de la pauvreté.

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