Question de Stéphane Crusnière à Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères, sur l'avenir de l'Europe

Monsieur le ministre, je suis heureux que ma question soit jointe à celle du chef de groupe Open Vld pour disserter sur l'avenir de l'Europe. Son parti ne manque jamais, par la voix du député européen Verhofstadt, de condamner fermement la Pologne. Malheureusement, hier en commission, le groupe de M. Dewael a balayé d'un revers de la main, comme la majorité dans son ensemble, l'idée d'une telle condamnation par notre assemblée et par le gouvernement, comme nous le proposions dans notre résolution.

 

On peut se demander si l'appartenance de la N-VA au même groupe "eurodestructeur" que le parti au pouvoir en Pologne ou que celui de Cameron ne l'emporte pas sur la tradition fédéraliste de notre pays, qui a joué un rôle fondateur dans la construction européenne. Je le crains, pire, je le constate.

 

Cela étant, comme l'a dit M. Dewael, l'heure n'est pas aux demi-mesures si l'on veut que le projet européen, reposant sur des valeurs de droit et de solidarité, survive à la crise actuelle. Je pense, bien entendu, aux lois liberticides qui sont prises en Hongrie, en Pologne, au Danemark; au délitement de Schengen; à l'érection des murs; au chantage de Cameron et aux propos intolérables sur les réfugiés.

 

Votre gouvernement y voit, pour sa part, des opportunités ou fait comme s'il n'avait rien vu dans une actualité pourtant brûlante. Mes chers collègues, les citoyens européens et ce projet irréversible méritent tout le contraire. L'Europe n'est pas le problème; elle doit être la solution.

 

Dès lors, monsieur le ministre, j'aimerais vous poser les questions suivantes. Comment la Belgique se positionne-t-elle vis-à-vis de la nécessité de sauvegarder l'État de droit en Pologne? Pourquoi cette majorité ne veut-elle pas nous suivre lorsque nous demandons une condamnation de telles atteintes aux valeurs démocratiques? Avez-vous personnellement condamné ces lois auprès de votre homologue polonais?

 

S'agissant du Brexit, nous savons que le débat reviendra au prochain Conseil. Quelle est la position qu'y défendra notre pays?

 

En termes de relance du projet européen, quelle attitude courageuse adoptera la Belgique pour réagir aux coups de butoir des "eurodestructeurs", dont certains se trouvent au sein même de votre gouvernement? J'en veux pour triste preuve votre opposition à la taxe sur les transactions financières ainsi qu'à tout projet social et de relance.

Réponse de Didier Reynders

Dans les semaines à venir, la Belgique jouera son rôle dans tous les conseils européens, de manière à assurer la mise en œuvre des décisions concernant la zone euro et la zone Schengen. Pour Schengen, il s’agit de la réinstallation correcte des réfugiés –qui sont actuellement 160.000 – en Europe. Il est aussi grand temps qu’un corps de gardes-frontières européen surveille les frontières extérieures. Nous sommes également prêts à aider la Turquie à accueillir correctement les réfugiés mais seulement si elle s’y engage concrètement. Il est également temps de le lui faire savoir en ces termes.

 

Le Brexit constituera peut-être pour l’Union une occasion de s’engager véritablement dans son approfondissement et son renforcement ainsi que dans la défense de ses valeurs.

 

Monsieur Crusnière, qu’a fait la Belgique sur ces points? J’ai reçu mon collègue polonais et lui ai expliqué nos objections concernant deux législations: l’une modifiant le tribunal constitutionnel, l’autre relative à la presse.

 

Nous soutenons la procédure de la Commission européenne mais celle-ci se déroule entre la

Commission et la Pologne.

 

J’ai demandé que le Conseil des Affaires générales en débatte. Je souhaiterais que ce soit le cas lorsqu’un problème se pose en Hongrie ou en Pologne, mais chaque année, dans un rapport concernant les droits dans les 28 Etats membres.

 

La Belgique va jouer son rôle dans le respect des droits et dans les approfondissements de Schengen - en renforçant certains dispositifs– et de la zone euro.

 

Par tradition, la Belgique se doit de prendre part au renforcement des mécanismes de l’UE, de la zone euro, de Schengen, ainsi qu’à la sauvegarde des valeurs défendues par l’UE.

Réplique de Stéphane Crusnière

Monsieur le ministre, je vous remercie pour vos réponses. Nous sommes effectivement de plus en plus loin de l'idéal de paix, de tolérance, et d'ouverture à l'autre qui avait présidé à l'édification européenne. On assiste, hélas, à un retour du nationalisme, du repli sur soi. Cela se traduit par la montée en puissance des partis populistes et eurosceptiques dans nombre d'États européens.

 

La question est simple. La Belgique continuera-t-elle à défendre le principe selon lequel il s'agit de créer une union sans cesse plus étroite entre les peuples d'Europe ou cédera-t-elle au chant des conservateurs et du repli sur soi?

 

Nous avons eu l'occasion de poser un geste fort vis-à-vis de ce qui se passe en Pologne. Par cette résolution, nous demandions une prise de position du parlement et du gouvernement. Vous aurez encore l'occasion de revoir votre positionnement, puisque ce point revient à l'ordre du jour. J'espère que nous pourrons compter sur votre soutien pour ce geste fort.

 

Dans ce contexte, ne soyez pas étonné que les citoyens se détournent du projet européen, car vous contribuez, je le crains, à son désenchantement et à son évaporation de fait.


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