Question de Laurent Devin à Alexander De Croo, ministre des Entreprises publiques, sur la volonté du gouvernement de privatiser Proximus et bpost

Monsieur le président,

monsieur le ministre,

chers collègues,


si l'on en croit la presse, demain, vous allez examiner un avant-projet qui pourrait permettre de privatiser Proximus et bpost. Il faut être clair: passer en deçà du seuil de 50 % des actions détenues par l'État, c'est un langage politiquement correct pour cacher votre volonté de vendre ces deux entreprises.

 

Pour le groupe socialiste, c'est une aberration car ces entreprises tirent leur force notamment de la présence d'un actionnaire public majoritaire et stable, qui défend l'intérêt général et force les investissements et les orientations stratégiques à long terme. Dois-je vous rappeler que ces deux entreprises sont leaders de leur secteur? Monsieur le président, nous avons reçu récemment Mme Leroy et notre ancien collègue, M. De Clerck, ici même. Ils ont argumenté et démontré qu'il ne fallait pas toucher à l'actionnariat.

 

Monsieur le ministre, privatiser, c'est un choix strictement idéologique qui vise à augmenter le profit des actionnaires. Privatiser les entreprises publiques, c'est les soumettre à une recherche de profit à tout prix. Mon groupe est inquiet pour l'emploi dans ces entreprises ainsi que pour la qualité des services proposés aux citoyens et pour le maintien de leur accessibilité à tous. Il y a aussi un risque de voir les rémunérations des dirigeants s'envoler à nouveau. M. le premier ministre s'y était opposé ici au mois de novembre, dans le cas de Proximus en particulier. Cette privatisation risque en outre de conduire au départ à l'étranger du centre de décision de cette entreprise stratégique.

 

Monsieur le ministre, pourquoi souhaitez-vous privatiser ces deux grandes entreprises publiques? Quels sont les arguments économiques à court, moyen et long termes que votre gouvernement peut avancer au parlement en faveur de cette privatisation? Quels sont également les arguments industriels à court, moyen et long termes que vous pouvez avancer ici au parlement en faveur de cette privatisation? Est-ce une motivation budgétaire inspirée par une politique de nez sur le guidon qui vous pousse à vous priver de dividendes annuels conséquents? Enfin, avez-vous des certitudes qu'une privatisation ne se traduira pas par une perte de personnel, par le départ des centres de décision vers l'étranger dans des secteurs de pointe, de développement technologique et d'accès à cette technologie? Est-ce votre conception de la Belgique?

Réponse d'Alexander De Croo

Le projet de réforme de la loi du 21 mars 1991 sur les entreprises publiques et en particulier des entreprises publiques cotées en bourse et de celles opérant dans un environnement concurrentiel est clairement inscrit dans l’accord de gouvernement, ainsi que dans ma déclaration d’orientation politique.


Nous réalisons des études techniques. Lorsqu’elles seront achevées, je compte soumettre les propositions au plus vite.


Proximus et bpost sont aujourd’hui solides, entre autres grâce aux efforts énormes consentis par les travailleurs pour les moderniser. Ces entreprises travaillent dans des marchés qui connaissent des flux incroyables.


Je souhaite que ces entreprises restent fortes, tant dans l'intérêt du consommateur que dans celui de l'emploi au sein de ces entreprises. C'est pourquoi je compte supprimer les restrictions organisationnelles actuelles, bien entendu après la concertation sociale requise. Par ailleurs, j'ai également l'intention de modifier un certain nombre de règles de corporate governance.


Même si certains le regrettent, ce sera la fin des nominations politiques.


Nous songeons en effet à la possibilité de réduire la participation de l’État en deçà du seuil de 50%. Reste à savoir si nous le ferons et de quelle manière nous nous y emploierons.


Je m’étonne de la critique de la gauche conservatrice. "Je n'ai pas de blocage idéologique... Je ne me braque pas sur le maintien des 51%": ce sont les mots de Paul Magnette!


Nous non plus ne faisons pas d’idéologie, nous agissons dans l'intérêt des consommateurs et des travailleurs.


Le gouvernement désire que ces entreprises soient en mesure de se battre à armes égales.

Réplique de Laurent Devin

Monsieur le ministre, nous sommes donc bien en route vers la privatisation de Proximus et de bpost. Comme l'a dit M. Van Quickenborne: "ce n'est pas une surprise, nous voulons le faire".

 

Monsieur le ministre, vous vous présenterez devant le parlement pour discuter de ce dossier, conformément à votre engagement.

 

Par ailleurs, vous dites, comme cela a déjà été tellement souvent le cas, que tout ira mieux après, comme si tout allait si mal, aujourd'hui. Nous nous trouvons face à deux entreprises leaders dont on se plaît à reconnaître les mérites et les réussites. Et on sait ce qui se passe après une privatisation: licenciements, hausse des prix et moindre accessibilité pour tous.

 

Vous déclarez que le gouvernement n'interviendra plus dans ces secteurs, pourtant si importants et vous ajoutez qu'il est préférable que les hommes politiques ne s'en occupent plus! De cette manière, vous vous déchargez de vos responsabilités.

 

Je tiens ici à féliciter M. Magnette pour son ouverture, sa liberté d'esprit. Il s'engage à titre personnel. Je vous invite à faire comme lui, à ouvrir votre esprit et à ne pas toujours vous référer à une idéologie des années 80.

 

En conclusion, le groupe socialiste s'opposera à la privatisation de ces deux sociétés.

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