Question d'Ahmed Laaouej à Charles Michel, Premier ministre, sur les propos stigmatisants tenus par le président de la N-VA

Monsieur le président,

monsieur le premier ministre,


une fois de plus – une fois de trop ! -, il nous faut déplorer, dans cette assemblée démocratique, les provocations d'un membre de la N-VA. Et pas n'importe qui: Bart De Wever, bourgmestre de la deuxième ville du pays, président de la N-VA, partenaire principal de votre gouvernement. Une fois encore, M. De Wever jette l'opprobre sur une partie de nos concitoyens; une fois encore, comme par obsession, il désigne les Belges d'origine marocaine et, dit-il, surtout les Berbères. Pas des Berbères, les Berbères! Vieille technique nauséabonde qui vise à attribuer à une partie de la population, souvent une minorité, une nature négative, comme pour mieux banaliser le ressentiment raciste et xénophobe.

 

Cette nouvelle ignominie s'ajoute à d'autres considérations exprimées par le même Bart De Wever, selon qui le racisme est relatif et selon lequel on a accueilli en masse une mauvaise migration. Des propos infondés au regard de l'histoire, des propos méprisants et méprisables. Des propos qui font écho à d'autres insanités, comme lorsque Bart De Wever avait comparé les Wallons à des junkies, à des drogués. Et il ne faut pas s'y tromper, monsieur le premier ministre, ce ne sont pas là seulement les propos d'un chef de parti ou d'un responsable local et ça n'est plus le cas, très certainement, depuis qu'un ministre de votre gouvernement, M. Francken, a traité d'"hystériques" les réactions du monde politique aux propos abjects de Bart De Wever.

 

C'est ce même Theo Francken qui s'était déjà vautré dans une forme de racisme en hiérarchisant les populations en fonction de leur prétendue valeur ajoutée, ciblant une fois encore les Marocains, aux côtés – si je puis dire – des Algériens et des Congolais. C'est donc désormais une affaire de gouvernement, de votre gouvernement.

 

Monsieur le premier ministre, allez-vous - vous le premier ministre de tous les Belges, quelles que soient leurs origines et leurs convictions -, condamner de la manière la plus explicite et la plus ferme qui soit les propos insupportables du président de la N-VA contre nos concitoyens ayant des origines berbères? Allez-vous rappeler ici et maintenant que la diversité qui compose notre pays et notre société est une richesse? Allez-vous rappeler que, oui, le racisme est facteur d'exclusion, laquelle divise notre société, conduit au repli et, au final, renforce les extrêmes? Extrêmes dans lesquels s'est installé le leader de la N-VA!

Réponse de Charles Michel

Tous les citoyens naissent libres et égaux, c'est un de nos principes fondamentaux. Mais, dans le débat politique, aucun sujet n'est tabou, on peut discuter de tout ce qui fait la vie en société.


Le racisme est un délit et l’accord de gouvernement accorde une importance capitale à la lutte contre toutes les formes de discrimination. Il ne s’agit pas  d’une simple déclaration, mais d’un engagement concret.


L'accord de gouvernement prévoit d'évaluer et d'améliorer les dispositifs légaux de lutte contre la haine et la discrimination. Le racisme est un délit, il est inacceptable. Nous devons nous préoccuper d'intégration et faire en sorte que chaque citoyen, en tant que citoyen et non en tant que membre d'une communauté, jouisse de droits, de devoirs et de responsabilités. Cette intégration connaît des succès et des échecs, dans lesquels les autorités publiques doivent assumer leur part de responsabilité.


Le gouvernement tiendra le cap et exécutera l'accord de gouvernement, sans se laisser troubler par des polémiques extérieures.

Réplique d'Ahmed Laaouej

Monsieur le premier ministre, vous avez raté l'occasion de dire avec hauteur, celle qu'impose votre fonction, que la Belgique a besoin de tous ses enfants. Vous n'avez condamné ni les propos de Bart De Wever ni ceux de Theo Francken, lequel lui a apporté son soutien. Vous avez manqué de courage, monsieur le premier ministre. Ce faisant, vous avez banalisé ces provocations. Ce faisant, vous en encouragez de nouvelles. Combien de couleuvres allez-vous avaler?

 

Il ne suffit pas d'évoquer les grands principes des droits de l'homme; il faut pouvoir rappeler à l'ordre son ministre. Il faut pouvoir dire à votre partenaire que le racisme n'a pas droit de cité! Vous avez manqué cette occasion. C'est déplorable!

 

Je vais vous dire, monsieur le premier ministre, ce que veulent ces enfants issus de l'immigration: ils souhaitent pouvoir être reconnus comme les enfants de la Belgique, pour qu'ils puissent lui apporter leur talent, leurs aspirations, leur énergie et leur créativité et pour qu'en retour elle les reconnaisse comme des citoyens à part entière. Ni plus ni moins, monsieur le premier ministre!

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