Question de Laurent Devin à Jacqueline Galant, ministre de la Mobilité, sur la suspension du Thalys sur la dorsale wallonne

Monsieur le président,

madame la ministre,

chers collègues,


le 29 janvier dernier, le groupe PS vous avait déjà interrogée ici-même sur la suppression du trafic Thalys sur la dorsale wallonne. Votre réponse se voulait rassurante quant à l'avenir du Thalys wallon. Vous avez affirmé qu'il ne s'agissait que d'une suspension temporaire due aux travaux de sécurisation de la dorsale via l'installation du système ETCS. Vous vous êtes également engagée à trouver des alternatives très rapidement.

 

Or, il semblerait que ce soit bien sur une suppression du Thalys wallon que le kern se serait accordé, mettant en avant le déficit d'exploitation de la ligne. Votre décision serait alors symboliquement forte, très forte. Elle priverait ainsi la Wallonie et plus particulièrement ses grandes villes, Liège, Namur, Charleroi et Mons, d'une liaison internationale majeure.

 

C'est une décision lourde de sens qui aura un impact fondamental d'un point de vue économique en isolant ainsi la Wallonie. Même le chef de groupe MR au parlement wallon, M. Jean-Luc Crucke, que vous connaissez bien, que nous connaissons bien, plaide ardemment pour le maintien du Thalys wallon car, dit-il, la Wallonie ne veut pas rester au balcon et il faut trouver un équilibre entre les réalités économiques et les réalités budgétaires.

 

Madame la ministre, ma question est très claire: vous engagez-vous, oui ou non, à rétablir la desserte de la dorsale wallonne par le Thalys après les travaux? Je vous remercie et j'attends beaucoup de votre réponse.

Réponse de Jacqueline Galant

Monsieur le président,

chers collègues,


je vous remercie pour vos questions car vous me donnez l'occasion de rétablir la vérité sur différents volets de ce dossier.

 

Pour des raisons de sécurité, à partir du 1er avril 2015, la circulation des rames Thalys sera arrêtée dans la zone de Namur, suite à la mise en service de l'ERTMS, version 2.3.0, décidée par Infrabel.

 

J'attire l'attention sur ce premier argument car la sécurité est primordiale. En tant que ministre fédéral, je ne peux cautionner le fait que l'on puisse laisser circuler des trains sur des voies qui n'offrent pas une sécurité optimale.

 

Comme je m'y suis engagée, j'ai examiné toutes les alternatives. L'étude effectuée a surtout permis de montrer la faible occupation des rames des deux dorsales, le coût très élevé des premières alternatives examinées - entre 5 et 7 millions d'euros pas an pour la dorsale wallonne.

 

Dans ce contexte, le gouvernement a autorisé la SNCB à suspendre les dessertes flamande et wallonne, à partir du 1er avril 2015. Le dossier sera, une nouvelle fois, examiné dans le cadre du plan de modernisation et d'efficience de la SNCB.

 

Dans le passé, d'autres suspensions ont eu lieu. Ainsi, on a procédé à une suspension de plus ou moins six mois, en 2013, alors que Jean-Pascal Labille était ministre. À l'époque, cela n'avait suscité que très peu de réactions de la part des clients du Thalys et des membres du cdH ou du PS.

 

Au niveau budgétaire, je souhaite vous rappeler que l'État fédéral verse depuis 1998, à la SNCB, 6 à 7 millions par an pour compenser le déficit des dessertes TGV intérieures dont 4,5 millions pour le TGV de la dorsale wallonne.

 

La transformation de Thalys International en filiale le 1er avril 2015 comporte de nouvelles règles comptables qui porteront le déficit des deux dessertes à près de 10 millions d'euros et celui de la seule desserte wallonne à près de 7 millions d'euros.

 

Dans le cas de la dorsale wallonne, il est nécessaire de rappeler que l'on parle d'un seul train par jour, spécialement affrété par Thalys, qui circule sur une ligne de desserte intérieure. La fréquentation du Thalys représente par jour, en moyenne 41 passagers à Liège, 45 à Namur, 43 à Charleroi et 44 à Mons.

 

Les recettes commerciales annuelles sont de 5,7 millions en ce qui concerne la dorsale wallonne et de 3,3 millions pour la dorsale flamande. Les charges d'exploitation sont de 12,9 millions pour la dorsale wallonne contre 6,1 millions pour la dorsale flamande. Les pertes à partir du 1er avril sont ainsi estimées à 7,2 millions pour la dorsale wallonne et 2,8 millions pour la dorsale flamande.

 

L'attrait commercial sur la dorsale wallonne est faible: un train par jour, alors qu'au départ de Bruxelles, les passagers peuvent bénéficier de 15 allers-retours. L'analyse de la clientèle montre que, contrairement à ce qui est véhiculé, la dorsale wallonne ne concerne que très peu de clientèle d'affaires. La fréquentation y est d'ailleurs plus importante le samedi avec 48,77 % de passagers qui utilisent des billets en tarif loisir/économique. Seuls 4,73 % voyagent avec un tarif full Flex affaires.

 

Il est, en effet, toujours possible de rejoindre Paris en passant par Bruxelles et prétendre que suspendre l'utilisation de la dorsale wallonne revient à rayer les villes wallonnes de la carte internationale et que les conséquences économiques sont néfastes pour l'économie wallonne sont des arguments qui relèvent de la pure démagogie.

Réplique de Laurent Devin

Madame la ministre, j'avais mis plein d'espoir dans votre réponse. Nous dire aujourd'hui que la suppression du Thalys wallon va aider l'économie wallonne, personne ne peut l'entendre. Si, monsieur Miller, Mme Galant dit très clairement qu'il ne sert à rien et coûte trop cher! Cela coûte trop cher!

 

C'est une mesure, madame la ministre qui va affaiblir la Wallonie et nous, partout, nous devons nous battre tous ensemble pour maintenir et développer nos atouts. En supprimant le Thalys wallon, vous isolez la Wallonie, vous coupez nos grandes villes de Paris. C'est un atout économique et vous, vous le considérez comme une dépense budgétaire! Le Thalys wallon, monsieur Ducarme, discutez-en au MR avec M. Crucke!, c'est aussi un service public!

 

Vous commencez à tout calculer. Tout coûte! Est-ce vraiment sur ces matières que nous devons réaliser des efforts économiques alors que nous avons tant besoin de cette relance économique, madame Galant?

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