Question de Stéphane Crusnière à Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères, sur le bilan de la mission ministérielle au Congo

Monsieur le président,

monsieur le ministre,


quelle cacophonie! Vous rentrez d'un déplacement important pour les relations entre la Belgique et la République démocratique du Congo et ce que l'on entend surtout, c'est la polémique et les accents péremptoires du ministre de la Coopération pour dénoncer certains excès dans ce pays, une position diamétralement opposée à la vôtre, puisque vous, au contraire, avez remarqué des progrès sur place. C'est malheureusement tout ce qui transparaît de cette mission.

 

Oui, il faut condamner fermement la répression violente avec plusieurs morts de manifestants pacifiques! Oui, il faut oser constater les atteintes réelles aux droits dans ce pays partenaire comme, par exemple, la coupure d'internet! Mais non, on ne peut le faire n'importe comment, à l'emporte-pièce, surtout dans le climat tendu qui prévaut en RDC avec les échéances électorales de ce pays!

 

La diplomatie ne consiste pas uniquement à manier la langue de bois, mais à aussi à mettre des formes. Votre mission n'a pas permis de clarifier la position de votre gouvernement vis-à-vis de la RDC et des attentes énormes et légitimes de sa population.

 

Dès lors, j'aimerais, monsieur le ministre, vous poser les questions suivantes. Avant toute chose, je vous demanderai de me faire un débriefing officiel de la visite de la délégation belge, j'ai bien dit de la délégation dans son ensemble en RDC. Comment vous positionnez-vous par rapport aux déclarations du ministre De Croo? Quel est donc le message donné par la Belgique, tant sur le plan diplomatique, socio-économique, des droits de l'homme que du développement, à notre partenaire qu'est la RDC? Comment vous positionnez-vous par rapport aux derniers événements dans ce pays, sur les aspects et à la tenue de prochains scrutins cruciaux?

 

Le calendrier annoncé par la CENI pourra-t-il être tenu selon vous? Avez-vous pu discuter du financement de ces différents scrutins par la communauté internationale et, forcément, par la Belgique? Comment la Belgique compte-t-elle s'inscrire dans le processus électoral qui sera mis en place en RDC? Où en est-on dans notre collaboration militaire avec la RDC? Des missions sur le plan logistique durant les élections sont-elles envisageables ou demandées par la RDC?

Réponse de Didier Reynders

Nous avons mené des entretiens ensemble –avec le ministre des Affaires étrangères et de la

Coopération, le premier ministre, le président, la société civile –et séparément: M.De Croo a visité la Coopération technique belge et j’ai rencontré les ministre de la Justice, de l'Intérieur, le président de l'Assemblée nationale, l'opposition et certains gouverneurs, dont celui du Katanga.


Notre langage est constant depuis 2012, époque où beaucoup se demandaient s’il fallait aller au Congo. Notre discours est très ferme sur trois dossiers.


Dans le processus électoral, il faut respecter la Constitution, y compris le calendrier des élections et donc la date butoir du 27 novembre 2016 pour l’élection présidentielle. Nous allons tenter d’accompagner ce processus. Il faut avoir un budget réaliste, vérifier le calcul proposé par la CENI, analyser le financement proposé par la RDC. Ensuite, nous verrons comment compléter celui-ci. Tout le monde accepte ce calendrier.


Cela fait trois ans que nous demandons une intervention contre les groupes de rebelles armés dans l’Est du Congo. Au début, la cible était surtout le groupe de rebelles M23, mais

d’autres mouvements de rébellion ont ensuite également été visés.


Grâce à la formation dispensée par nos militaires, les FARDC disposent à présent de quelques bataillons en ordre de marche. Nous travaillons main dans la main avec les FARDC et la MONUSCO. Les interventions contre le groupe de rebelles M23 dans l’Est du Congo ont été payantes et les actions visent à présent surtout les rebelles rwandais des FDLR.


Nous devrons renforcer la réintégration volontaire de tous les combattants qui quittent ces

groupes armés. Il n'est certes pas question de les admettre dans les forces de sécurité, mais dans d’autres activités pour les réintégrer dans la société.


Nous nous demandons si, dans la région de Beni, autour des ADF-Nalu, certains actes terroristes ne seraient pas plutôt comparables à des actes d'extrémistes d'autres pays d'Afrique. C'est pourquoi, nous renforcerons la coopération internationale et les échanges de renseignements.

 

l y a du progrès sur le plan du développement. Cependant, il est inconcevable qu’un taux de croissance de 10 % ne profite pas davantage à l’ensemble de la population. La croissance doit être plus inclusive! A cette fin, nous allons mettre en place, en collaboration avec la Coopération au développement, des projets dans divers domaines dont les soins de santé.


Le ministre de la Coopération vous donnera des détails en commission. La Belgique a fait des propositions pour les infrastructures de transport.


Le développement doit être inclusif, mais aussi respecter les droits humains. Nous demandons que le Congo adhère enfin au Statut de Rome et que la Commission nationale des droits de l'homme soit mise en place.

 

À la suite des manifestations de janvier, j’ai parlé avec le ministre de l'Intérieur. Comment répondre à l'usage disproportionné de la force? En équipant et en formant mieux les policiers. Il y a eu des arrestations, nous demandons des libérations. Nous refusons le blocage d

’Internet, mais des contacts sont pris avec les opérateurs pour trouver un compromis. Nous souhaitons des résultats pour certaines enquêtes; je pense à la tentative d'assassinat d'Emmanuel de Merode, qui gère le parc des Virunga.


Au ministre de la Justice, j’ai demandé d’avancer dans l’entraide judiciaire avec notre pays, dans la libération de Belges encore incarcérés au Congo, dans le domaine de l’adoption, afin que notre ambassade ne joue plus le rôle de crèche et qu'il y ait une nouvelle loi en la matière.


En conclusion, des progrès sont réalisés, même s'il faut faire plus. Voyez ce qui se passe dans le Sahel ou ailleurs! Il faut que l'Afrique centrale ne tombe pas dans un tel marasme, et que l'on puisse avancer sur le processus électoral, sur la sécurité à l'Est et dans un développement plus inclusif et plus respectueux des droits de l'homme.

Réplique de Stéphane Crusnière

Monsieur le ministre, merci pour vos réponses. En effet, un déplacement aussi important mériterait certainement un débriefing plus long en commission. Nous n'hésiterons donc pas à le demander.

 

Je reste convaincu d'une chose: la Belgique doit faire preuve de diplomatie, mais aussi de fermeté sur les questions des droits et de la bonne gouvernance. Cependant, la République démocratique du Congo, comme tout autre État, a le droit d'être traitée avec des égards. Une telle attitude implique le respect des formes, mais surtout un message clair et transparent, tant pour condamner ce qui ne fonctionne pas que pour soutenir et encourager ce pays.

 

Dès lors, j'appelle ce gouvernement à garantir que notre action diplomatique, cette fameuse "stratégie 3D" que vous développez, soit cohérente et réponde aux interrogations et aux attentes des Congolais eux-mêmes.

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