Question de Frédéric Daerden à Kris Peeters, ministre de l'Emploi, sur le prévisions du Bureau du Plan en matière d'emploi

Monsieur le président,

monsieur le vice-premier ministre,


en décembre dernier, vous avez justifié les mesures du gouvernement par la nécessité de créer de l'emploi, de retrouver de la croissance. Hier, nous avons procédé à des auditions en commission des Affaires sociales, auditions qui m'ont interpellé à différents niveaux.

 

Tout d'abord, elles nous confirment que ces mesures vont faire très mal à la population, ce que je craignais. Il y aura en effet une diminution du pouvoir d'achat de l'ordre de 1,2 %, sans parler de la diminution du PIB de 0,4 %. Ces chiffres ne tiennent pas compte de la réforme des pensions et des mesures en matière de chômage.

 

Monsieur le ministre, la population est inquiète, vous le savez. L'insécurité sociale et la pauvreté vont augmenter, c'est confirmé sur la base de ces chiffres.

 

Ensuite, le représentant du Conseil central de l'économie a confirmé nos chiffres et nos méthodes de calcul qui aboutissent à un écart salarial inversé de l'ordre de 2 %. Ceci signifie concrètement deux choses: premièrement, le saut d'index n'est pas nécessaire pour résorber l'écart salarial et, deuxièmement, si vous maintenez ce saut d'index, les travailleurs belges vont s'appauvrir par rapport à ceux des pays voisins.

 

Monsieur le ministre, la politique de votre gouvernement fait mal à nos concitoyens. Cette douleur est-elle utile? Cette souffrance d'aujourd'hui offre-telle des perspectives pour demain? Même pas! En effet, le Bureau du Plan a fait une évaluation de l'impact de l'ensemble des mesures, de l'ensemble de votre politique. On voit qu'on aboutit seulement à la création de 16 000 emplois. On est loin des 60 000 emplois que vous annonciez avec enthousiasme en décembre dernier.

 

Votre réforme des pensions signifie travailler plus pour gagner moins et votre politique économique signifie souffrir beaucoup pour rien!

 

Dès lors, monsieur le ministre, pouvez-vous m'indiquer si vous remettez en question l'analyse présentée par ces experts? Êtes-vous prêt à abandonner le saut d'index, maintenant que son inutilité et son inefficacité sont avérées? Votre gouvernement envisage-t-il, sur la base des nouveaux chiffres, de revoir sa politique en matière d'emploi et de pouvoir d'achat? Êtes-vous prêt à travailler avec, et surtout, pour les travailleurs plutôt que contre eux?

Réponse de Kris Peeters

La discussion fut très intéressante en commission sur le rapport de la BNB au sujet du Bureau du Plan.


Pour comparer deux résultats, il convient de tenir compte aussi des différences qui existent entre les points de référence de deux modèles.


Je comprends que le Bureau fédéral du Plan aboutisse à une estimation négative, ou plus

négative que la nôtre, de certaines de nos mesures budgétaires. Il est évidemment exclu, par ailleurs, de ne prendre aucune mesure budgétaire. Pareille attitude serait particulièrement désastreuse pour l'emploi.


Le gouvernement a pour objectif de créer un maximum d'emplois. Je sais que le saut d'index

pose un problème au PS. Il est positif que nous ayons pu avancer sur ce dossier avec certains

syndicats.


Le gouvernement reste convaincu qu'il créera un nombre impressionnant d'emplois dans les

prochaines années.

Réplique de Frédéric Daerden

Monsieur le vice-premier ministre, j'entends bien votre explication selon laquelle le Bureau du Plan correspond à un autre modèle mathématique que celui de la Banque nationale. En fait, votre mise au point rejoint ma pensée: ce ne sont que des modèles mathématiques, avec des effets de retour théoriques. En matière de création d'emplois aussi, les effets de retour sont totalement hypothétiques. C'est pourquoi cet éclaircissement me laisse dans le doute.

 

Ce qui est une réalité, c'est, clairement, la diminution du pouvoir d'achat. Ainsi, vous ferez souffrir bon nombre de citoyens pour un effet retour hypothétique.

 

Par ailleurs, vous rappelez que, vendredi dernier, nous avons franchi une étape importante. Pour moi, pas sur le saut d'index: en effet, à son sujet, les représentants des travailleurs sont unanimes à dire qu'il s'agit d'une mauvaise mesure. J'en suis encore plus convaincu depuis hier, car j'ai écouté ces experts et je leur fais confiance pour admettre que ce n'est pas une bonne mesure.

 

En outre, à une de mes questions, le représentant de la Banque nationale m'a répondu que "la diminution des cotisations est plus efficace que le saut d'index pour la compétitivité des entreprises". Il conviendrait d'en tenir compte.

 

Enfin, vous prenez pour excuse les éléments budgétaires. À mon sens, pour trouver une réponse, il faut chercher d'autres sources de financement et non faire peser l'équilibre budgétaire sur les travailleurs.

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