Question d'Ahmed Laaouej à Johan Van Overtveldt, ministre des Finances, sur la politique économique du gouvernement

Monsieur le président,

monsieur le ministre,


aujourd'hui, dans le journal Le Soir, vous expliquez que ne rien faire est aussi une alternative. Si tel est le cas, à quoi servez-vous, monsieur le ministre des Finances?

 

Nous sommes en janvier 2015. Je vous rappelle que la faillite de Lehman Brothers a eu lieu le 15 septembre 2008. Depuis septembre 2008, la réponse d'un certain nombre de gouvernements en Europe a été d'imposer aux États un carcan budgétaire serré, une orthodoxie qui a asphyxié toute possibilité de politique de relance. Cela a été une absence de vision claire en termes de financement des investissements, notamment les investissements publics, et une politique monétaire particulièrement stricte qui, comme on peut le constater aujourd'hui, n'a pas eu d'effet positif, que du contraire! Autrement dit, depuis plus de sept ans, les politiques voulues au niveau de l'Union européenne, relayées par un certain nombre de chapelles conservatrices, n'ont donné aucun résultat.

 

Aujourd'hui, qu'avons-nous? Nous avons l'amorce d'un changement qui s'avèrera certainement historique, puisque l'on voit, d'un côté, le plan Juncker, plus de 300 milliards de financement, investissement progressif et essentiellement public et, de l'autre, cette décision de la Banque centrale européenne qui veut réinjecter un peu de liquidité par le rachat de dettes d'État. C'est donc peut-être l'amorce d'un changement d'orientation qui ne plaît pas à l'Allemagne, on le comprend, et qui, visiblement, ne vous plaît pas non plus, monsieur le ministre.

 

En effet, quand on vous demande si la solution c'est ne rien faire, vous répondez que ne rien faire est aussi une alternative. Monsieur le ministre, j'aimerais dès lors savoir aujourd'hui quelle autre solution, outre la baisse du prix du pétrole à laquelle vous vous raccrochez, constitue pour vous le moyen que nous avons de sortir de la crise économique et sociale dans laquelle nous sommes?

Réponse de Johan Van Overtveldt

D'après moi, mes déclarations sont sujettes à des malentendus et je suggère à chacun de les relire attentivement. J'ai dit clairement que je respecte la distinction entre le processus de

décision politique et le processus de décision des banques centrales. Cependant, j'estime qu'en ma qualité de responsable politique, j'ai le droit de réfléchir aux conséquences possibles d'une décision prise sur le plan monétaire, de même que les responsables des banques centrales formulent souvent des commentaires sur le processus de décision politique.


Je ne souhaite aucunement contrecarrer ces décisions, mais seulement inciter à la réflexion sur leurs conséquences. Ainsi, il est question de la création et de l'offre de crédit mais encore faut-il qu'il y ait une demande. Aucune banque centrale ne peut en effet contraindre qui que ce soit à recourir aux crédits proposés, et par surcroît de préférence pour des investissements productifs.


Un lien doit aussi être établi avec l'épargne, parce que toute intervention d'une banque centrale agit sur le niveau des prix comme sur le niveau des taux d'intérêt. Des opérations analogues antérieures nous ont en effet appris que ces taux d'intérêt continueront de baisser de ce fait et qu'ils auront dès lors une incidence sur la capacité d'épargne, ce qui n'est pas sans importance pour un pays comme la Belgique.


Je voudrais rappeler clairement que je ne remets en cause ni l'autonomie, ni les décisions de la BCE. Mon seul objectif était de signaler que la décision prise par la BCE de procéder à un assouplissement quantitatif aura des répercussions sur l'épargne. Des pays tels que le Japon, les États-Unis et le Royaume-Uni sont souvent cités comme des exemples en matière d'assouplissement quantitatif, mais on oublie de préciser que ces pays ont un gouvernement unique, une banque centrale unique et un Trésor unique. Le contexte de la zone euro

est totalement différent, avec 19 gouvernements et 19 Trésors. Par ailleurs, un nombre assez important d'études réalisées aux États-Unis, y compris par la Réserve fédérale, remettent en cause les effets d'un assouplissement quantitatif sur la croissance économique et sur l'inflation.


J'évalue actuellement le montant concerné à 1100 milliards, dont 20% pour la BCE elle-même et 80% pour les banques centrales nationales. Nous reviendrons sur cette question dès que je

disposerai de davantage de précisions concernant les risques et leur répartition.

Réplique d'Ahmed Laaouej

Monsieur le président,

chers collègues,


Raymond Devos aurait pu dire: "Rien, c'est déjà quelque chose!" Je ne dirai pas qu'on a beaucoup avancé en vous écoutant, mais allons à l'essentiel! Soyons constructifs! Ce que nous attendons de vous, monsieur le ministre des Finances, c'est d'aller expliquer à la Commission européenne que les investissements qui seront financés par le plan Juncker ne devront pas être comptabilisés pour leur totalité lors du même exercice budgétaire, s'agissant de la mesure d'endettement des pouvoirs publics. C'est fondamental! Vous siégez au sein de l'Eurogroupe et du Conseil Ecofin, c'est là qu'il faut le dire!

 

En ce qui concerne la BCE, je ne comprends pas votre argument sur l'épargne. Si les taux proposés aux épargnants étaient des taux record, je pourrais comprendre votre inquiétude, s'agissant de l'effet négatif de la politique de la Banque centrale européenne sur les taux d'intérêt, mais en l'occurrence, ceux-ci ont atteint, hélas, des niveaux planchers. Donc, votre argument ne tient pas!

 

Enfin, l'assouplissement budgétaire est une nécessité; il importe aussi de le dire à la Commission européenne. Évidemment, vous n'êtes pas en position de force! Nous vous l'avons dit du haut de cette tribune: pour au moins un demi-milliard d'euros, vos recettes fiscales dans votre budget sont bidon. Aujourd'hui, c'est la Commission européenne qui vous le dit en disant que ce ne sont pas des efforts structurels! Épargne-pension, réserve de liquidation, commissions secrètes, arrêtez avec ces gadgets budgétaires! Prenez enfin de vraies mesures, par exemple une fiscalité plus juste sur le capital! Allez voir la Commission! Dites-lui que vous êtes un bon élève et demandez-lui un assouplissement budgétaire pour enfin relancer l'économie!

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