Question de Philippe Blanchart à Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères, sur "Boko Haram"

Monsieur le ministre,


l'horreur des attentats de la semaine dernière en France ne doit pas nous détourner du contexte international et des racines de ces faits barbares, les racines du mal, un mal qui ne connaît pas de frontières et qui ronge notre 'vivre ensemble' dans le respect de nos différences, qui inévitablement tue nos valeurs.

 

L'ignominie de ces actes de terroristes, de ces fous de dieu, de ces fascistes religieux, atteint au Nigeria son paroxysme. Les exactions du groupe terroriste, sectaire, tribal – comment doit-on le qualifier? – Boko Haram, qui signifie littéralement "éradiquer l'éducation" ne cessent de s'intensifier dans l'horreur des actes et dans le nombre de victimes. L'objectif annoncé: appliquer la charia et surtout, éradiquer toute forme d'éducation. J'y reviens une fois de plus, l'éducation.

 

Les progrès et les droits humains sont bafoués dans cette région du monde, distante de quelques heures à peine de l'Europe. Pour y parvenir, rien ne les arrête. Ainsi, ils bardent les jeunes filles d'explosifs pour les faire exploser sur les marchés. Ils s'attaquent aux enfants, aux écoles, aux femmes qui accouchent. Ils veulent semer la terreur et frapper très fort les esprits.

 

Face à de telles organisations, les bombes et les frappes aussi chirurgicales soient-elles ne suffiront certes pas, car ces mouvements - et leur courte histoire, mais déjà trop chargée l'a prouvé - renaissent sans arrêt de leurs cendres. Leur leader a été exécuté. Plusieurs milliers d'entre eux ont perdu la vie. Malgré tout, ils reviennent.

 

Aussi est-il grand temps pour l'ensemble de la communauté internationale d'user de tous les leviers, notamment sur le plan de l'éducation, du développement juste et de la lutte contre les régimes corrompus, pour éradiquer ces fous de dieu. Dans cet enjeu planétaire, la Belgique a un rôle à jouer.

 

Dès lors, monsieur le ministre, quelles actions la Belgique peut-elle entreprendre pour lutter contre les organisations terroristes comme Boko Haram et ses exactions sanglantes?

 

Quelles actions la Belgique, l'Union européenne et la communauté internationale peuvent-elles entreprendre pour aider cette région du monde tant sur le plan du développement et de la diplomatie que sur le plan militaire?

 

Quels relais avez-vous sur place?

 

Quelle est la vision du gouvernement dans la lutte internationale contre le terrorisme et comment comptez-vous développer cette approche indispensable?

Réponse de Didier Reynders

Au Burundi également, fin décembre, une centaine de personnes ont perdu la vie dans des affrontements et des responsables politiques se font assassiner.


Le rapt, à la mi-avril 2014, de plus de 250 écolières a marqué le paroxysme désolant d’une longue liste d’exactions commises par Boko Haram depuis 2009. Cet acte a une nouvelle fois

attiré l’attention de la communauté internationale sur la détérioration de la sécurité dans le nord-est du Nigeria.


Boko Haram a lancé son attaque sur la localité de Baga le 3 janvier

dernier et aurait fait, en fonction des sources, entre quelques centaines et deux mille

victimes. Le week-end dernier, des fillettes enrôlées par Boko Haram ont tué des dizaines de personnes dans des attentats suicides. Des attentats mortels ont été perpétrés à trois endroits en décembre dernier.


En raison de l’extrême insécurité régnant dans la région d’une superficie équivalente à celle de la Belgique, les observateurs sont rares et il est dès lors difficile, voire impossible de se forger une idée exacte du bilan réel de ces événements.


Il y a eu et il y aura encore de nombreuses réunions avec le Conseil de sécurité des Nations Unies et les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne que je retrouverai déjà la semaine prochaine.


Sur requête du Nigeria, le 22 mai 2014, le Conseil de sécurité des Nations Unies a décidé d’ajouter Boko Haram sur la liste des entités liées à Al-Qaïda et visées par des sanctions. La Belgique s’est ralliée à cette décision qui est appliquée à l’échelon européen.


Les organisations humanitaires compétentes comme le HCR, l’OCHA et l’Unicef suivent déjà

attentivement la situation des déplacés internes et de ceux qui ont trouvé refuge au Tchad, au Niger et au Cameroun. La Belgique leur apporte une aide financière.


Des actions militaires sont entreprises sur le terrain: 143 terroristes de Boko Haram ont été

tués lundi dernier lors d'une attaque de la ville de Kolofata. Le caractère transnational de Boko Haram est connu: la communauté des Kanouri, présentedans les pays autour du lac Tchad, forme le gros des effectifs.


L'Union européenne encourage le Nigeria à maintenir une approche globale des problèmes de sécurité, sur la base d'une bonne gouvernance et du développement pour combattre le radicalisme. Les valeurs communes au Nigeria et à l'Union sont la clé d'une défaite du terrorisme: elles comprennent une société ouverte, le respect de la primauté du droit et des droits de l'homme.


Nous soutenons la lutte contre le terrorisme à travers des projets financés sur la ligne budgétaire de l'instrument de stabilité de l'Union européenne et par une sélection des projets dans le Fonds européen de développement.


Le précédent gouvernement a envoyé une mission au Nigeria pour évaluer la

possibilité de prendre une initiative. B-FAST n'est toutefois pas l'organisation la mieux placée pour les conflits de ce genre. Il est très difficile d'agir, pour des raisons de sécurité. Nous sommes toutefois prêts à envoyer une petite mission. Nous continuons de mener une approche globale du terrorisme au Nigeria et dans la région.


L'approche globale du problème concerne des pays comme l'Irak et la Syrie, l'ensemble du Sahel et de nombreux autres endroits. La coalition à l'œuvre en Irak se réunit à Londres la semaine prochaine. Nous continuerons le combat contre la barbarie.

Réplique de Philippe Blanchart

Monsieur le ministre, je vous remercie pour vos réponses.

 

Je ne peux que vous rejoindre dans la volonté d'aborder ce problème sous une dimension plurielle globale. Nous devons montrer ensemble à ces barbares que les valeurs de démocratie et de liberté sont beaucoup plus fortes que la haine et le sang!

 

Je crois qu'il faut également revenir sur les racines de ce problème. Elles sont ethniques, économiques. Différents facteurs sont à prendre en compte dans ce dossier. Puisque votre fonction vous amène à prendre souvent l'avion, je vous recommanderai de prendre avec vous lors de votre prochain vol, et de relire peut-être, le Traité de polémologie de Gaston Bouthoul qui analyse la guerre et ses effets mais surtout ses causes. Dans la problématique qui nous occupe aujourd'hui, c'est véritablement aux causes du mal que nous devons nous attacher.

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