Question de Christophe Lacroix à Elio Di Rupo, Premier ministre, relative à la loi « anti gays » en Ouganda

Monsieur le Ministre,

 

L’Ouganda, voilà un pays partenaire devenu le symbole de l’intolérance envers les homosexuels. Une intolérance galopante érigée comme un choix de société par les autorités de ce pays.

 

Malgré la pression internationale, le Président ougandais a promulgué lundi la loi durcissant la répression de l’homosexualité. Adoptée à une écrasante et inquiétante majorité, celle-ci permettra littéralement aux persécutions des gays et lesbiennes de passer à la vitesse supérieure.

 

Les groupes de pression religieux radicaux savourent leur victoire pendant que les défenseurs des droits de l'Homme expriment leur consternation.

 

Comment réagir face à une telle montée de l’intolérance, face à une légalisation de la haine ? La réponse est difficile.

 

Il ne s’agirait pas de sanctionner les populations bénéficiaires de l’aide au développement mais bien d’utiliser tous nos leviers politiques et diplomatiques afin de faire pression auprès des autorités ougandaises. Une réaction diplomatico-politique de la plus haute fermeté s’impose donc.

 

J’aimerais dès lors, Monsieur le Premier Ministre, vous poser les questions suivantes :

- Quels leviers politiques et diplomatiques la Belgique compte-t-elle utiliser vis-à-vis des autorités de ce pays partenaire ?

 

- A la lumière des engagements internationaux de l’Ouganda, quelles pistes de pressions existent face à cette législation « anti gays » ?

 

- Comment trouver un juste équilibre entre l’aide apportée aux populations et d’autre part éviter que des fonds belges ou européens ne viennent soutenir de telles politiques ?

 

- Enfin, quelle approche globale développe notre pays en termes de lutte contre les discriminations avec nos pays partenaires notamment ?

Réponse d'Elio Di Rupo, Premier ministre

J'ai pris connaissance avec stupeur de cette loi ougandaise, qui est en contradiction flagrante avec le droit à la liberté, à la justice et à la non-discrimination.

 

Ces droits sont consacrés dans la Charte des Nations Unies et le Pacte sur les droits civils et politiques, que l'Ouganda a ratifiés. Ils sont aussi inscrits dans la Constitution ougandaise.

 

Le gouvernement belge condamne fermement cette loi répressive et discriminatoire. Des représentants éminents de la communauté internationale, dont le secrétaire général des Nations Unies, la haute représentante de l'Union européenne ou le président américain, sont du même avis.

 

Nous dénonçons d'ailleurs les violations des droits fondamentaux partout dans le monde.

 

Notre condamnation n’est dictée ni par le paternalisme ni par le néocolonialisme. Discriminations et conservatisme sévissent également dans certains pays européens. En Ouganda, nous assistons cependant à une violation des droits les plus fondamentaux qui exige une réaction des plus fermes.

 

Nous encourageons chaque pays à mieux appliquer les droits fondamentaux.

 

La Belgique appelle donc les autorités ougandaises à abolir cette loi intolérable.

 

Nous appelons aussi l'Union européenne à agir. J'en parlerai au Sommet européen.

 

Notre pays veut inscrire la question à l'ordre du jour du Sommet UE-Afrique qui se tiendra à Bruxelles les 2 et 3 avril. La Belgique a déjà formulé des propositions relatives au respect des droits fondamentaux.

 

Autant nous condamnons les autorités ougandaises, autant nous ne voulons pas que le peuple souffre davantage. Notre aide à l'Ouganda ne porte pas sur la justice ou la police mais sur l'éducation et les soins de santé.

 

Comme il s'agit de projets relatifs à l'enseignement et aux soins de santé, nous ne pouvons pas supprimer cette aide au développement. Nous devons toutefois veiller à ce que ces projets continuent de s'inscrire parfaitement dans le respect des droits fondamentaux.

 

Nous veillerons à ce que cette aide contribue à plus de tolérance dans la société ougandaise.

 

Le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides prendra en considération cette nouvelle législation lors de l'examen des demandes d'asile.

 

L'évidence ne l'est malheureusement pas pour tous: une société démocratique s'honore lorsqu'elle renforce les libertés fondamentales. Élargir des droits à tous ne réduit en rien les droits de ceux qui en bénéficiaient déjà.

(NB: Seul le texte prononcé fait foi.)

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