Abus sexuels sur mineurs au sein de l’Église. Le Vatican s’explique devant l’ONU, mais ne convainc pas

Dans le cadre de sa fonction de présidente de la commission de « suivi des abus sexuels », la députée socialiste Karine Lalieux a assisté ce jeudi 16 janvier 2014 à l'audition du Saint-Siège devant la 65ème session du Comité des Droits de l'enfant des Nations Unies à Genève. Le représentant de la plus haute autorité ecclésiastique a été invité à s’expliquer sur la gestion, passée et future, des affaires d’abus sexuels sur mineurs commis par des membres du clergé.

 

Après les révélations d’abus sexuels dans différentes régions du monde, les autorités vaticanes ont été accusées d’avoir cherché à étouffer et minimiser le scandale. Alors que des millions d’enfants dans le monde fréquentent des écoles ou des organisations chapeautées par l’Eglise, le comité des Droits de l’enfant de l’ONU a invité le Saint-Siège à s’expliquer devant l’assemblée, notamment par rapport aux mesures prises en la matière.

 

Le représentant du Saint-Siège a fait des déclarations de principes et a reconnu la gravité des faits, mais il est resté très évasif quant aux actions concrètes entreprises par l’Église. Seule la commission du pape François semble constituer une évolution vers une mise en place de mécanismes indépendants de traitement des plaintes. Même si  sa composition et son fonctionnement sont encore inconnus.

 

Le Vatican semble certes vouloir de s’attaquer au problème des abus sexuels. Des circulaires ont bien  été émises. Mais leurs mises en place, leurs suivis, notamment en matière de sanction, restent flous. De plus, beaucoup de questions restent aujourd’hui encore sans réponse : comment les plaintes ont-elles été comptabilisées ? Sur quelle base ? Dans combien de cas y a-t-il collaboration avec la justice ? Certains prêtres ont-ils bénéficié d’une impunité ?…

 

S’il est rassurant de voir qu’une organisation internationale comme l’ONU se penche sur le problème des abus sexuels au sein de l’Église, un rapport détaillé devrait être produit afin de connaître l’ampleur exacte des cas rencontrés dans le monde, d’identifier les mécanismes qui ont permis de maintenir une chape de silence pendant des décennies. Ensuite, les cas échéants, des mesures coercitives devront être prises, à l’égard des membres du clergé reconnus coupables, bien sûr, mais aussi à l’égard des autorités religieuses qui auraient fermé les yeux sur ces pratiques.

 

Tout ceci contraste avec le travail fait dans notre pays. En Belgique, le travail de la commission spéciale relative au « traitement d'abus sexuels et de faits de pédophilie dans une relation d'autorité, en particulier au sein de l'Église » avait permis non seulement aux victimes d’être reconnues et entendues par la société mais avait aussi débouché sur des mesures concrètes. La pression exercée sans relâche par le Parlement sur l’Eglise avait porté ses fruits puisque cette dernière a, in fine, collaboré : elle a  reconnu sa responsabilité morale et s’est engagée dans une procédure d’arbitrage pour permettre l’indemnisation des victimes d’abus sexuels prescrits aux yeux de la Justice.

 

On constate malheureusement qu’au niveau international, le sujet n’a pas encore été traité en profondeur. Il faudra continuer à tenter d’établir la vérité dans ce dossier. C’est essentiel pour les victimes et pour leurs proches. Espérons que les plus hautes autorités de l’Église prendront enfin leurs responsabilités.

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